L’Iran, la suite

Posted: June 14th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 03 - Iran | | Comments Off

Route de Persepolis

Dans le petit bus qui nous amenait au site de Persepolis, tous parlaient persan. J’étais le seul étranger et je faisais l’objet de toutes les attentions. En famille ou entre amis, ils venaient découvrir ou redécouvrir ce site symbole de la dynastie achéménide. 

Construite sur les premières hauteurs du Mont Rahmat, la Cité royale du premier empire de Perse était surtout utilisée pour les grands rassemblements des différents délégués de toutes la nation de l’empire réunies autour du Roi des Rois. Mise à terre par Alexandre le Grand lors de son passage en 330 av. J.-C., elle ne ressemble aujourd’hui plus qu’à un grand chantier de pierres. Mais il demeure toutefois de la cité impériale la volée monumentale de marches qui mène à la terrasse du palais d’Apadana dont les murs d’aplomb sont couverts de bas-reliefs à l’étonnante précision et aux riches détails. Des anciennes salles hypostyles (dont un palais aux 100 colonnes), il ne reste aujourd’hui que de gigantesques damiers où chaque colonnes écrasées par la chaleurs aride et sec du lieu a pris des airs de simple pion. Le site garde malgré tout une certaine majesté.

Sur la route de retour, notre petit bus fit un bref arrêt au site de Naqsh-e Rostam pour nous faire découvrir les somptueuses chambres funéraires construites dans la roche d’énormes falaises de quelques rois achéménides dont le fameux Darius Ier. 

Terminal de bus de Shiraz

Gauthier avait pris le bus pour Téhéran en début d’après-midi et nous avions juste eu le temps de se faire un dernier adieu à mon retour de Perspolis. J’avais prévu pour ma part de prendre le bus pour Yazd qui partait en fin de soirée. Après une après-midi consacrée à une recherche infructueuse d’une piscine où j’espérais pouvoir me dépenser un peu, je finis par me poser ici dans les petits jardins du terminal de bus. Autour de moi, une sorte de mini-cité vivante et criante. Les terminaux de bus en Iran sont bien plus que de simples halls d’attente. On y trouve naturellement les salles remplies de comptoirs des différentes compagnies de bus mais aussi des magasins, des restaurants, des coiffeurs, des pharmacies, parfois même un petit commissariat. A chaque départ de bus, un homme se tenant à debout à la porte du car criera la destination du bus pour essayer de récupérer les quelques retardataires qui n’auront d’autres choix que de sauter dans le bus en marche. Des familles entières arrivent avec des tonnes de sacs et attendent assis, parfois à même le sol. Dans cette ambiance pleine de vie, j’essayais de rattraper mon retard de rédaction, le portable sur les genoux en grignotant de fraiches rondelles d’ananas. Aussi inattendu qu’exceptionnel, le terminal de bus avait un réseau internet sans-fil d’une vitesse fulgurante et qui semblaient ne pas connaître les restrictions d’accès que l’on rencontre dans les traditionnels cafés internet. Heureuse surprise qui me permit d’attendre agréablement le départ de mon bus dans lequel j’allais passer une nouvelle nuit.

Yazd, 4h30 du matin

Le bus avait de nouveau fait plus vite que prévu. Isolé sur un des bancs en face du parking à l’abri de rabatteurs, je cherche dans mon lonely la meilleure façon de rejoindre un hôtel. Un peu vasouillard, je décide de tenter ma chance avec un des chauffeurs de taxi au visage rond et rassurant. Celui-ci m’indique d’aller payer la course auprès d’une régisseuse tenant boutique au fond du parking. Après lui avoir indiquer ma destination, celui-ci me présente un tableau avec un prix qui semblait raisonnable : 70 centimes d’euros. Si cela pouvait être si simple à chaque fois…

Après une course à travers une ville totalement éteinte, mon taxi me dépose dans une petite ruelle aux murs de terre. Mon hôtel, le réputé Silk Road hotel, se trouvait à deux croisements de là, au cœur de la veille ville, inaccessible en voiture. En suivant les quelques inscriptions peintes à même le mur, je trouve pour toute entrée une petite porte dérobé imposant la courbure de son passant. Celle-ci était entrouverte. Derrière elle, un jeune employé de l’hôtel m’invite à rentrer. Après l’enregistrement, je le suis à travers la petite cour carré de l’hôtel éclairée par les premières lumières de l’aube. Le dortoir était au sous-sol, j’allais pouvoir commencer ma deuxième nuit.

Silk Road Hotel, Yazd, 10h du matin

2009_05_18 Yazd-02 Attablé dans la cour pour le petit déjeuner, je découvre les autres occupants de l’hôtel. Quelques têtes sont familières : Anna et Andreas, un jeune couple allemand descendu au volant de leur volvo break de Berlin et rencontré 2 semaines plutôt à Tabriz en sont déjà à leur troisième cigarette ; François et Agnès de Lille, rencontrés à Téhéran dans le hall de mon hôtel étaient arrivés la veille. Deux autres jeunes français sont là aussi. Ailred et Sylvain venaient d’arriver du Pakistan qu’ils avaient traversé après être parti d’Inde au volant d’un triporteur indien. Ils devaient faire parcourir à ce petit engin à trois roues les quelques 10.000 kilomètres qui séparent Calcutta de Paris. Le courant est vite passé et on décida de partir tous les trois à la découverte du cœur de Yazd.

Avec son labyrinthe de petites ruelles en mur de terre, ces petites galeries voutées et ses tours à vents semés entre les toits, le vieux Yazd vous projette 500 ans en arrière, à l’époque où cette cité du désert était encore au centre du commerce de la soie et refuge pour tous les caravaniers. La nouvelle ville n’est pas également dénuée de charme avec ces belles avenues longées d’arbustes et ses charmantes petites places. L’après-midi, mes deux camarades m’offrirent un petit tour dans leur engin. Assis à coté de Ailred dans la cabine, je suis assez épaté par leur aventure. La machine vibre, fait un vacarme d’enfer et ne dépasse pas les 45 km/h… mais elle avance avec une certaine assurance quelque soit le terrain. A l’arrière, un petit entrepôt dans lequel Sylvain s’était installé leur permettra de transporter facilement toute marchandise ou plutôt souvenirs tout au long de leur périple. Arrivés à la périphérie de la ville, on découvre les « tours du silence » sur les toits desquelles les Zoroastriens, encore nombreux dans la ville, offraient autrefois leurs morts aux charognards et évitaient ainsi que leurs dépouilles ne viennent souiller ni la terre ni le feu.

Le lendemain, avec mon petit couple de Lille, nous nous sommes offert une excursion dans les environs de Yazd. Paysages désertiques, ville fantôme, temple zoroastrien, magnifiques caravansérails restaurés, un classique itinéraire du parfait touriste.

Lors de notre retour en ville, une petite manifestation avait commencé à s’organiser. Rapidement, on comprit qu’elle en était la cause. Un car fit son entrer avec à son bord le fameux Moussavi. Quelle belle coïncidence. J’avais eu la chance par le plus grand des hasards d’assister à l’arrivée du président-candidat (et futur président…) Ahmaninedjad et voilà que j’avais droit de voir le deuxième plus sérieux candidat. Une foule compacte s’était rassemblée autour du car chantant à tue-tête le nom de Moussavi. Chacun était armé de son portable pour immortaliser l’évènement. A voir leur visage, je comprenais qu’il représentait pour eux un vital espoir de changement. L’ambiance était électrique.

De retour à l’hôtel, nous avions juste le temps de faire nos sacs et de partir en direction de la gare pour prendre notre train de nuit pour Téhéran.

 Wagon 16, cabine 8 du train pour Téhéran, 22h

2009_05_18 Yazd-18  En plus de notre petit groupe de français, une famille iranienne était là avec leur petite fille de 6 ans. Nous leur avions laissé les lits du bas et commencions à nous préparer pour la nuit. La jeune mère était toute enveloppée dans sa burqa noire. Seul son visage inondé de peine et marqué par une vie d’abandon et d’abnégation laissait apparaître une peau calleuse et des yeux bleus dont la lumière s’était depuis longtemps éteint. Jamais elle n’osa nous regarder. Son mari, un jeune homme d’une trentaine d’années, était par contre plein d’affection et d’attention pour leur petite fille, assise sur ses genoux. Mais jamais il n’adressait un regard à sa femme qui semblait reléguée à un simple rôle d’intendante de la jeune fille. Il m’était assez dur d’accepter ce spectacle ayant une saveur amère. Plein d’amertume, j’essayais de trouver le sommeil en me laissant bercer par le bruit des rails.

Gorgan, trois jours plus tard

Après deux jours à Téhéran où j’avais retrouvé un peu de vie de famille, j’avais repris la route au guidon de ma fidèle en direction de la frontière turkmène. La route pour Gorgan, malgré ses longs paysages montagneux, n’avait pas grand charme. Mais un macabre spectacle allait marquer pour longtemps cette route dans ma mémoire. A la sortie d’un village, une petite file de voiture s’était formée sans apparente raison. En la remontant prudemment, je vis un groupe d’homme attroupé au bout de la file. A leur pied, le corps d’un vieil homme, ventre à terre et le visage noyé dans une flaque de sang. Au guidon de sa moto, cet homme venait heurter de plein fouet l’arrière d’une voiture dont la déformation témoignait de la violence du choc. Son corps était totalement immobile. La mort n’avait probablement pas attendu longtemps pour envahir la chair.

Assis dans la chambre de mon hôtel, j’avais une pensée pour les proches de cet homme. Nous avons tous en mémoires ces instants où tout bascule. On vous apprend la triste nouvelle et vous devez faire face à la réalité. Jusque là, s’il y avait eu quelques signes annonciateurs semé ici et là, on les aura volontairement ignoré pour se laisser habiter par l’espoir. Mais alors un simple regard peut suffire pour le faire s’évaporer et c’est alors la tristesse qui vous empare. Heureusement, la religion est là pour nous refaire espérer.

Le lendemain, malgré la rumeur d’une fermeture de la frontière, j’allais tenter de rentrer au Turkménistan.

A suivre…


L’arrivée sur Téhéran

Posted: June 11th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 03 - Iran | | Comments Off

2009_05_08 Teheran-023.jpg

J’arrivai à Téhéran après deux heures de routes. La première chose qui me surprit était l’étonnante tranquillité ambiante. Alors que je m’attendais à une étouffante furie urbaine, je croisais de larges avenues boisées seulement parcouru par un léger trafic dominicain. Quelle bonne idée j’avais eu d’arriver un vendredi. L’autre chose qui me surprit était l’étonnante verdure qui recouvre toute la ville. Les rues semblaient toutes bordées d’arbustes et de parcs verdoyants semés par centaines. Après avoir trouvé dans le quartier du bazar une chambre dans un de ces vieux hôtels construits avant la révolution, et dont la splendeur avait depuis été bien ternie, j’avais rendez-vous pour le thé chez une cousine d’un proche ami iranien de la famille.

Madame Sheikholeslami habitait au nord de la ville, dans les quartiers chic du nord de Téhéran, proche de la place Vanak. Du bazar au sud, de larges avenues boisées y grimpent en pente douce et continuent jusqu’au pied des pieds de montagnes de l’Alborz qui dominent au nord toute la ville. Madame Sheikholeslami m’accueillit dans son beau duplex au dernier étage d’un grand et bel immeuble offrant de chaque côté une vue imprenable sur Téhéran. Avec mon apparence quelque peu rustique – ma nuit sur le sol au pied du lit de Terry n’avait d’ailleurs rien fait pour l’améliorer -, j’étais quelque gêné dans cet espace élégamment meublé et richement décoré. Mais Madame Sheikholeslami ne semblait pas tout embarrassée de mon apparence et m’interrogea avec beaucoup de curiosité toute l’après-midi sur mon voyage, ma famille, son cousin (qu’elle n’avait pas vu depuis plusieurs dizaine d’années),… Finalement, le thé se poursuivie par une invitation à diner avec Monsieur Sheikholeslami et leur nièce Asphan que Madame Sheikholeslami souhaitait me présenter.

Asphan était une jeune iranienne de 27 ans, tombée amoureuse de l’Italie il y a bien longtemps et parlant ainsi un parfait italien. Sa vie était la-bas à présent mais pour des tristes questions de visas, elle était contrainte de revenir en Iran tous les deux ou trois ans. Elle en profitait pour revoir la famille. Et par une belle coïncidence, Asphan était de retour à Téhéran lors mon arrivée.

Au cours du diner, M. Sheikholeslami m’offre un cours passionnant d’histoire et de sciences politiques iraniennes. Les élections approchant, il me fit part de son opinion sur les différents candidats en lisse pour le poste de président. A ma grande surprise, selon lui, le candidat le plus à même d’amener l’Iran vers une situation pacifié avec l’occident était l’actuel président. Certes, à premières vues, les qualités personnelles et les opinions de ce dernier n’ont rien de réjouissant mais il serait le seul parmi tous les candidats à pouvoir recevoir le support du conseil des gardiens de la constitution et du guide de la révolution, le fameux Ali Khamenei, seuls véritables détenteurs du pouvoir exécutif en Iran. Sans leur appui, le président n’a pratiquement aucun pouvoir pour engager de quelconques réformes. Je dois admettre qu’au vu des récents coups d’éclat d’Ahmadinejad, j’étais quelque peu attristé par l’idée que ce dernier pourrait représenter la meilleure chance de progrès pour l’Iran…

Au cours de trois jours suivant, j’alternai entre mes ballades en solitaires dans le sud (avec notamment la visite du bazar, la découverte de l’ancienne ambassade américaine, etc…) et mes rencontres avec Asphan qui me faisait découvrir les charmants jardins et cafés du nord. Malheureusement, j’ai alors aussi découvert le vrai visage du trafic de Téhéran : entre son réseau d’autoroutes qui quadrille la ville et ses avenues totalement embouteillées du matin au soir, Téhéran illustre bien les méfaits d’une politique d’urbanisation totalement incontrôlée.

A la « maison » – M. Sheikholeslami m’ayant proposé de m’héberger à l’issue de notre premier diner – qu’il était bon de pouvoir commencer chaque journée par un simple bol de céréales. En voyage, le petit déjeuner est probablement le repas qui me manquait le plus et qui me posais souvent le plus de problème à trouver. Là, je n’avais qu’à ouvrir le frigo et remplir un bon gros bol de céréales… comme à la maison….

Après ces quelques jours de confort, il était temps pour moi de partir découvrir le sud et emprunter de nouveau la route des touristes. Mais cette fois, j’avais décidé d’offrir quelques jours de repos à ma fidèle compagne de voyage et d’user du riche réseau de bus iranien. Première destination: Ispahan.

Ispahan, à 4h30 du matin

Le bus avait fait plus vite que prévu. Avec deux heures de sommeil, me voici sur le parking du terminal de bus d’Ispahan à 4h30 du matin, mon sac polochon sur l’épaule, en train d’essayer de trouver une place dans l’un de ces taxis partagés (dont j’avais pris l’habitude d’utiliser à Téhéran) en direction du centre. La ville était encore dans ses rêves et une lune lumineuse confondait sa lumière avec celle de nombreux réverbères semés toute du long de Chahar Bagh, la principale artère de la ville. L’avenue était totalement le vide, à l’exception d’un unique camion courant à vive allure, avec sur sa remorque une belle et luxueuse voiture allemande… d’où venait-il ? Ou allait-il ?…

Arrivé à l’Amir Kabir Hostel, de deux petits coups sur la vitre de la porte en métal forgé, je réveillai le pauvre gardien, avachi sur un gros et vieux fauteuil de cuir. Après avoir enfin retrouvé ses lunettes, il m’ouvrit la porte et après l’enregistrement de mon passeport, me conduit jusqu’à mon dortoir. Tous les lits étaient occupés à l’exception d’un seul au fond de la chambre. La chambrée semblait dormir profondément. Il ne me restait plus qu’à en faire autant…

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Vers 9h, d’un œil mi-clos, je découvrais mes compagnons de chambrée : une jeune fille finlandaise, un jeune brésilien, un belge flamand et un français, Gauthier. Après de rapides présentations, on décida de partir à la recherche d’un petit déjeuner. Attablé dans une petite échoppe servant une sorte de soupe et du pain, chacun se présente. Le brésilien, Marcelo, parti depuis Istambul, était en route vers le Pakistan où il espérait trouver de beaux tissus à importer dans son pays ; Tom le belge, visitait l’Iran pendant 3 semaines ; Gauthier, après être arrivé à Téhéran de France à pieds (!), avait décidé de se reposer un peu et visiter le sud de l’Iran par bus. La Finlandaise nous avait quittés pour des sombres histoires d’horaires de bus, probablement effrayée sans vouloir l’avouer par tant de testostérone… On se balada tout le reste de la journée à la découverte des merveilles de la ville: la mosquée Jameh, le bazar, la place et la mosquée de l’Imâm, les palais et palais safavides… Malgré le tourisme, la ville n’a pas perdu de son charme et le long de la Chahar Bagh, la vie semblait se distiller avec douceur.

Shiraz, 7h du matin

2009_05_15 Shiraz-01 Après deux jours à Ispahan, j’avais repris le bus de nuit en direction de Shiraz. Arrivé vers 7h du matin, je pouvais déjà sentir les rayons du soleil chauffé sur mon dos en marchant le long de large avenue Karim Khan-e Zand à la recherche d’un hôtel. La journée promettait d’être chaude. Après un premier essai infructueux (ou plus exactement hors budget…), je retrouvai Gauthier et Marcelo à la réception de mon deuxième essai. Qu’il était sympathique de recroiser ces amitiés d’un jour qui se nouent au cours de ces longs voyages. Marcelo et Gauthier étaient partis pour Tabriz le soir de mon arrivé à Ispahan et je les retrouvai là, par un hasard, probablement aidé par le fait que nous avions les mêmes lectures. Alors que Marcelo devait aller prendre le bus pour Kerman, Gauthier décida de rester avec moi deux jours plus à Shiraz. Il était vendredi et tout était fermé. Il nous restait plus qu’à déambuler dans la ville et chercher un peu des fraicheurs dans l’un de ses nombreux parcs. En soit, Shiraz n’a pas le charme d’Ispahan. Ses avenues y sont trop larges et chaotiques. D’ailleurs, s’il n’était pas le point de départ des excursions vers le site de Persepolis, elle ne serait probablement par sur la route de tous les tours-opérateurs. Mais ce serait alors oublier la gentillesse de sa population. Dans le parc où nous nous étions posés, les familles nous invitaient à partager le thé ; dans la rue, des jeunes nous invitaient à se joindre eux dans une tchaikhane aux fenêtres couvertes de papier journaux pour fumer le qhelyan posés sur ces cousins autour d’une petite table délicieusement crasseuse ; ou encore, cette jeune fille aux yeux vert émeraude, Foruzan, qui nous invita à l’accompagner visiter le mausolée d’Hafez. Hafez est un des poètes et mystiques persans le plus aimé d’Iran. Né au XIVème siècle à Shiraz, son mausolée est au milieu d’un magnifique jardin persan et attire encore aujourd’hui de nombreuses personnes, pèlerins ou simples amoureux de poésie, venus lui rendre hommage. En parcourant un de ces recueils dans la bibliothèque à côté du tombeau, je tombai sur cette ghazal que Nicolas Bouvier, dans son périple en Iran, avait inscrit sur la portière de gauche de sa Topolina :

Même si l’abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain
sache qu’il n’existe pas
de chemin sans terme
Ne sois pas triste.

J’essayerai de m’en souvenir dans les moments difficiles…

Le lendemain, je m’étais organisé une excursion au site de Persepolis.

A suivre…


La découverte du nord iranien

Posted: June 3rd, 2009 | Author: Alex | Filed under: 03 - Iran | | Comments Off

Par contraste avec le turc, le poste frontière iranien paraissait très élégant avec ses allures de caravansérail. A l’intérieur, des sortes de voutes en arc brisé surprennent agréablement. Des hommes vous y attendent en y prenant le thé. Tour à tour, trois fonctionnaires vous tamponnent passeport et carnet de passage, et vous invitent à vous joindre à eux pour le thé. Invitation que j’ai malheureusement dû décliner faute de temps.

Les premiers kilomètres sont assez étonnants. Les vertes prairies ont disparu pour laisser place à des longues étendues de terres arides. Aussi, le parc automobile a totalement changé. Ici, ce n’est plus Renault qui domine mais Peugeot (notez le soupçon de chauvinisme de cette phrase…). Je croise ainsi par centaines des Peugeot 405 rebadgées Pars ou Roa, ainsi que des 206 flanquées d’un coffre (ce qui lui donne des airs étranges de petites 607).

Pour mon orientation, j’ai rencontré quelques difficultés avec les panneaux en persan. Heureusement, nombre d’entre eux offrent une traduction anglaise mais l’adaptation a été un peu plus difficile à comprendre qu’espéré. L’anglais que j’espérai assez usité s’est fait très rare. Cette absence était toutefois bien suppléée par la mythique gentillesse et l’hospitalité des Iraniens. Ainsi, dans la première grande ville que je croisai après la frontière, Uromiyeh, des conducteurs auxquels j’avais réussi à faire comprendre que je souhaitais me rendre à Tabriz, me conduisirent jusqu’à la sortie de la ville pour s’assurer que je ne me trompe pas de carrefour.

2009_04_30 Tabriz-001.jpg J’arrivai à Tabriz un jeudi soir. Le lendemain, tout était fermé, vendredi oblige. Je pris alors l’option d’aller passer l’après-midi dans un de ces fameux parcs iraniens où les locaux viennent se rafraichir et profiter des séduisantes compositions florales et autres jeux d’eau. Dans le bus, 4 jeunes iraniens m’abordèrent et m’invitèrent à me joindre à eux pour l’après-midi. Après une petite ballade autour de l’étang artificiel du parc d’Elgoli, ils m’invitèrent à déjeuner et partager le narghilé avec eux. Nos premières conversations furent très politiques et je fus bombardé de questions : que pensent les français de l’Iran, d’Ahmadinedjad, d’Israël, de l’autonomie du Kurdistan, des Turcs, des joueurs de foot iraniens, etc. Toute l’après-midi, je n’ai pas pu sortir un centime de ma poche. Déjeuner, glace, thé, tout m’était offert par ces jeunes iraniens fiers et heureux de partager un moment avec un jeune étranger qui démontrait, je pense, un intérêt et une grande curiosité pour leur pays et leurs peuples.

2009_04_30 Tabriz-003.jpg Le lendemain, je me rendis au centre d’information touristique tenu selon mon Lonely par un très serviable polyglotte nommé Nasser. Lors de mon arrivée, l’homme, la cinquantaine, des cheveux blancs grisonnants au-dessus d’un visage effacé par des yeux bleu pétillant, discutait avec un jeune Grec, Antony. Le visage de ce dernier m’était étrangement familier. Le hasard avait voulu que j’eusse entraperçu ce garçon juste après le frontière turco-iranienne. Alors qu’il remontait dans le car qui le transportait entre Salinurfa en Turquie et Tabriz, il m’avait pris en photo avec ma moto et notre échange s’était arrêté là. Il était marrant de se retrouver ainsi grâce à la magie du Lonely. Lui et moi avions besoin de changer un peu d’argent et Nasser était vivement recommandé pour assister dans la délicate opération. Le taux du marché noir dans le magnifique bazar de Tabriz est bien plus intéressant que celui offert par les banques nationales mais peut se transformer en une partie de casino si on tombe sur les mauvaises personnes. Et nous voilà suivant le fameux Nasser dans le dédale de ruelles du bazar. Il nous conduisit dans une petite boutique remplies d’hommes, dégustant le thé autour d’un bureau, d’un imposant coffre fort et d’une machine à compter les billets. Grâce au taux de change (1 euros = 13.500 IR), j’allais me retrouver multimillionnaire… Naturellement, j’ai pris mon air le plus décontracté quand on me tendit toutes ces liasses. Ici, chacun semble savoir compter ces paquets de billets avec à une étonnante agilité mais surtout aime à le faire tranquillement en public sans aucune discrétion. Me voilà donc à recompter ma centaine de billets, un par un, calmement, sereinement, alors que le pauvre Antony paraissait totalement paniqué avec tous ces morceaux de papier qui pour l’instant, n’avaient pas beaucoup de sens pour nous. Une fois cette délicate opération terminée, on put entamer la visite du somptueux bazar de Tabriz avec ces 35 km de galeries de briques voutées éclairées grâce aux puits de lumière qui parsèment son plafond. Plusieurs commerçants nous interpellaient gentiment pour visiter leur boutique et nous souhaiter la bienvenue en Iran. Tout le bazar est organisé en quartier. Comme espéré, celui des épices nous offrit un véritable festival de couleurs et une explosion de senteurs.

Plus tard, dans une de ces petites boutiques à jus de fruits, un jeune iranien, Navid, nous invita à s’assoir à sa table. Il était en pleine opération de reconquête d’une jeune et belle Iranienne à l’égard de laquelle je crus comprendre il avait fait preuve d’un peu d’égarement. Il espérait qu’en tant que citoyens des deux grandes nations de l’art de la séduction, Antony et moi puissions l’aider dans cette tâche. Et c’est comme ça que nous sous sommes retrouvés dans une petite soirée barbecue en dehors de la ville à déguster vodka et whisky – en tout modération – dans ce pays où l’alcool est bien évidement interdit. Le père de Navid possédait un petit pavillon à 20 minutes des portes de Tabriz, dans un quartier où les Tabriziote qui en ont les moyens achètent un petit lopin de terre, entouré de murs, à l’abri desquels ils s’échappent du contrôle des autorités et essaient de vivre comme à l’époque du Schah, avant la révolution. Les amis de Navid, de jeunes Iraniens, tous étudiants, nous ont parlé de leur amour pour leur pays, de leur volonté de changement, de leur méfiance à l’égard du gouvernement. Selon eux, les mollahs jouent avec la population comme avec un ballon. Ils la pressent et juste avant qu’elle éclate, relâchent la pression. Ce mouvement de va-et-vient en était en cette période d’élection à une phase de relatif laxisme mais ils craignaient qu’après ces élections, dont ils n’attendent rien ou si peu, les comportement se durcissent à nouveau. Passionnante soirée.

2009_04_30 Tabriz-008.jpg Le lendemain, Navid et un de ses amis, Azimi, nous firent visiter le site de Kandovan, sorte de Cappadoce en miniature à 40 km de Tabriz. Le soir, nous étions de nouveau invités à dîner en famille chez les parents de Navid qui habitent un magnifique appartement dans le quartier huppé de Tabriz. Avant de nous quitter, nous portâmes un dernier toast avec nos verres remplis de vin de Shiraz à l’espoir de voir un jour l’Iran libérée des mollahs.

Après un dernier petit-déjeuner dans une petite échoppe au bord du bazar avec Antony – un délicieux bol de fromage blanc avec des noix et du miel – je repris la route en direction de la mer Caspienne. Après deux jours de route à traverser la chaîne de montagnes du mont Sabaland, j’atteins la ville d’Astara au bord de la mer Caspienne, point de passage vers l’Azerbaïdjan. Continuant vers le sud, la route était bordée à l’ouest par d’immenses rizières s’étendant jusqu’aux premiers reliefs des montagnes de la chaîne de l’Alborz. J’étais bien loin de l’image classique de l’Iran désertique.

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2009_05_03 NordIran-009.jpg Après 100 km, je lâchais la côte pour prendre route vers Khal Khal, magnifique route de côte qui par une suite infinie de lacets à travers une épaisse végétation verdoyante grimpe rapidement à plus de 2.000 mètres d’altitude. Là haut, la route traverse des hauts-plateaux en caressant les parois des sommets encore enneigés. Un vent violent vient perturber mes trajectoires et m’offre quelques frayeurs. Sa violence a d’ailleurs causé la première chute de la moto. Posée sur sa béquille alors que je m’étais arrêté pour prendre une photo, le vent la souleva, causant le repli de la béquille et la chute de la moto et de ses 300 kilos… Non sans mal, je pus la remettre droite et constater que ses protections avaient bien joué leur rôle. Seule la manette d’embrayage avait souffert en se brisant à son extrémité, sans que par chance, cela vienne gêner la conduite.

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2009_05_03 NordIran-013-2.jpg Après le village de Diz, la route se découvre de tout bitume et continue vers Masuleh à travers de somptueux paysages montagneux. Arrivé juste avant la nuit au sommet du village, je fis la rencontre d’un vieille homme, dont la vieillesse et le dur labeur avaient probablement volé une bonne poignée de centimètres. Ce dernier me proposa le logis contre 50.000 rials. La chambre était simple, avec pour toute fourniture un matelas à même le sol. Je vous épargne la description des lieux d’aisance au sous-sol. Malgré tout, j’y étais confortablement installé et le tout avait un certain charme, surtout dans ce village de Masuleh et son cadre enchanteur. Ce petit hameau à flanc de montagne de plus de 1000 ans d’histoire s’élève violemment avec ses maisons couleur crème bâties les unes au dessus des autres. Cela est si vrai que le toit d’une maison est le plus souvent la terrasse d’une autre et c’est ainsi jusqu’au dernier étage du village.

Au cours de la soirée, le village s’était progressivement vidé, laissant ses petites ruelles vierges de monde. Seule une boutique avait gardé le rideau ouvert et un public attentif s’était amassé autour. En approchant, j’entre aperçu entre les têtes le visage d’un homme illuminé par les flammes chatoyantes d’un four. Il s’agissait du boulanger qui faisait là sa dernière fournée pour le village. La quarantaine bien tassée, une épaisse chevelure grisonnante coiffée en arrière et blanchie par la farine, le visage marqué par des années de dur travail, il préparait des centaines de nun, sorte de pain très fin, cuit contre la paroi d’un four circulaire. Avec beaucoup d’énergie, il prenait une à une les petites boules de pâte préparées par son assistant, les pétrissait et les étirait sur une sorte de petit bouclier en bois, à l’aide duquel il projetait cette fine pâte contre les parois de son four brûlant devant lui. Les clients jetaient leurs billets sur une balance et repartaient avec des piles de nun. C’était un charmant spectacle.

Le lendemain, après avoir fait la grève de la douche – si vous avez bien suivi, vous aurez compris pourquoi… – , je pris la route en direction de Qazvin. Arrivé en ville, la route de mon hôtel était interdite à la circulation. Devant mon obstination à ne pas vouloir comprendre le trajet de contournement, le policier en poste me laissa finalement passer. Alors que je posai mon sac devant la réception de l’hôtel, je fus interpellé par un homme portant une veste beige au-dessus d’une chemise blanche entrouverte sur un torse velu. Le visage crasseux, les yeux tombant, la barbe mal rasé, il avait tout sauf l’air d’un agent de police. Pourtant, c’est qu’il prétendait être quand il me demanda mon passeport. Incrédule, j’insistai pour voir sa carte. Il me montra alors son talkie-walkie. Bêtement je l’avoue, je pris le téléphone posé sur le comptoir de la réception et lui montra que moi aussi j’avais un outil de communication et cela ne faisait pas de moi un flic. Et c’est là qu’il me montra, agacé, le pistolet qu’il portait à la ceinture. Je consentis alors, non sans une certaine aigreur, à lui montrer mon passeport dont il commença l’examen. « Tourist ? » me demanda-t-il, toujours à l’évidence agacé par mon manque de coopération. J’acquiesçai, quelque peu frustré de la situation. Une fois l’examen terminé, il me demanda d’ouvrir mon sac. En découvrant mon matériel photographique, il me jeta un regard noir. « Journalist ?!? » s’exclama-t-il. « Na, na, tourist, tourist ! » dit le jeune manager de l’hôtel qui avait assisté à toute la scène. Le flic s’en prit alors à lui en lui parlant violemment en persan. Se retournant vers moi, il me reposa la question, calmement cette fois : « journalist ? ». « No, tourist » lui répondis-je, prenant conscience que cette histoire pouvait possiblement mal tourner. Sans savoir s’il me croyait ou non, il me fit signe d’aller m’assoir sur l’un des canapés de la réception et m’ordonna de l’y attendre. Avec son talkie-walkie, il appela un de ses jeunes collègues qui eut pour mission de s’assurer que je ne disparaisse pas.

Dix minutes plus tard, je compris enfin la raison de toute cette méfiance. Alors que j’étais toujours assigné à résidence sur le canapé de la réception, je vis la rue en face de l’hôtel se remplir de manifestants. Ils étaient de tous âges et étaient venus soutenir le président-candidat Ahmadinedjad qui était en ville pour un meeting de campagne. Ce dernier apparu devant l’hôtel à travers le toit ouvrant d’un imposant 4×4 qui remontait péniblement la rue de l’hôtel envahie par ses partisans. Il avait l’air ridiculement petit autour de ses gardes du corps accrochés tout autour de l’imposant 4×4. Après le passage présidentiel, je fus enfin « relâché » après une courte interview avec le supérieur du premier flic qui avait l’intelligence de parler anglais et qui s’excusa de l’incident. Ces deux agents de police étaient en réalité des agents de la police spéciale en charge de la sécurité du président, d’où la réaction du premier quand il me vit arriver quelques minutes avant le passage du président.

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Après une petite douche bien méritée, je suis parti à la découverte de la ville de Qazvin. Assez agréable avait ses larges rues boisées, la ville semblait vivre à rythme tranquille. Beaucoup de jeunes parcouraient les rues, me rappelant les propos du fameux Nasser qui m’avait expliqué qu’en Iran, 70% de la population a moins de 30 ans. Après avoir jeté un coup d’œil aux différents sites mentionnés par le Lonely (dont un joli petit palais du Shah Tahmasp et quelques mosquées), je partis au sud de la ville m’offrir un petit tour dans un vieux hammam. Le hammam Safa était le plus vieux de la ville avec son sol en marbre et ses magnifiques petits dômes. Arrivé à l’heure du dîner, je me suis retrouvé seul dans cet espace tout enfumé. En me relaxant, je me disais que si le destin devait par malheur me condamner à faire fortune, je me consolerais en m’offrant un petit hammam dans ce genre là. Quel plaisir de déambuler dans ce lieu à l’apaisante blancheur, habillé en tenu d’Adam et enveloppé de toute cette vapeur.

Après un bref dîner, j’étais de retour à l’hôtel pour m’entretenir avec le manager sur la route pour rejoindre les fameux châteaux des assassins d’Alamut. Cachés entre les sommets des montagnes d’Alborz, ces forteresses ont été construites au XI ème siècle pour y cacher les mercenaires d’un certain Hasan-e-Sabbah. Perdus dans cette région isolée, il n’en reste aujourd’hui que des ruines éparpillées dans un paysage gigantesque et dramatique. La plus fameuse était proche du village de Gazor Khan, qui selon le manager, était à une heure de route. Du moins, c’est ce que j’avais compris…

Le lendemain, la matinée fut consacrée à mettre un jour un site internet qui ne cessait de prendre de plus en plus de retard… De nouveau à l’hôtel, je rencontre à la réception un irlandais en sac à dos, Terry, la quarantaine et pas un cheveu sur le caillou, qui était arrivé à l’hôtel avec l’espoir d’y trouver une chambre. Malheureusement pour lui, le manager lui avait annoncé que l’hôtel était plein, comme tous les autres hôtels de la ville, envahis par une cohorte d’étudiants venus passer un examen d’entrée à l’université de Qazvin. J’ai alors annoncé au manager que je ne comptais pas dormir ce soir à l’hôtel et que Terry pouvait récupérer ma chambre. Soulagé, le vieux Terry me proposa d’aller déjeuner. On s’échangea quelques adresses, lui allant au nord vers la Turquie et moi, prévoyant d’aller visiter le sud de l’Iran d’où il revenait.

Vers 15h, j’étais enfin en route pour le village de Gazor Khan. La route s’est révélée aussi sportive que magnifique, avec près de 3000 m de dénivelé ascensionnel, et 2000 m de descente sur une distance d’à peine plus de 100 km de virages (jetez un coup d’œil au graphe de la route aller retour). Les iraniens s’y attaquent au volant de leur paykan chargées avec toute leur famille et il n’est pas rare d’en voir au bord de la route le capot ouvert tentant une réparation de fortune. A ma grande surprise, au bout d’un peu plus d’une heure, j’avais à peine parcouru la moitié du chemin. Avec tous ces enchaînements de lacets qui serpentent à flanc de montagnes, il m’était difficile de dépasser les 50 km/h. Arrivé enfin au village de Gazor Khan, je tombai sur un groupe de 5 jeunes iraniens de Téhéran qui cherchaient comme moi les fameuses ruines. Des locaux nous expliquèrent que nous étions déjà passés devant en montant au village. En effet, 100 m en contre-bas du village, on pouvait apercevoir 4 ou 5 gros cailloux en haut d’un petit sommet, censés être les restes d’une forteresse. Un peu déçu de la découverte, je commençai à réaliser que je n’allais pas pouvoir rejoindre Téhéran ce soir comme je l’avais prévu, l’heure de route annoncée par le manager s’étant révélée être plus proche des 3 heures. Il était déjà 18h30 et le soleil commençait déjà à montrer des signes de fatigue. Je devais retourner à Qazvin par la même route et je n’étais pas très emballé à l’idée de la faire de nuit. Cela me servit d’excuse pour m’épargner les 95 marches vers les ruines et repartir tout de suite.

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Avec la lumière du couchant, le paysage était vraiment somptueux. Bob Sinclar dans les oreilles, je tenais un bon rythme et prenais beaucoup de plaisir en enchaînant tous ces virages. En sortant d’une épingle, j’aperçus une voiture encastrée contre la paroi avec son conducteur couché sur son volant. Je m’empressai de m’arrêter et accourus vers lui. Il allait bien et me sourit en me voyant courir vers lui dans mon habit d’astronaute. L’accident avait semble-t-il eu lieu quelques minutes avant que j’arrive. Sa voiture avait perdu sa roue arrière gauche en plein virage et il avait eu le bon réflexe de terminer sa course dans le bas côté, évitant ainsi de tomber dans le fossé, de l’autre côté de la route. Sacré conducteur ces iraniens.

En approchant de Qazvin, je réalisais que je n’allais pas pouvoir trouver de chambre d’hôtel en raison de ce fameux examen. Je suis donc retourné à mon hôtel, toquer à la porte de mon ancienne chambre pour demander à Terry s’il pouvait m’héberger. « Off course, no prob buddy ».

Le lendemain, après une nuit dans mon sac de couchage au pied du lit de Terry, je partis en direction de Téhéran.

A suivre…