En route pour l’Ouzbékistan

Posted: July 16th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 04 - Turkmenistan, 05 - Ouzbékistan | | Comments Off

Dans une station service en plein désert

 

2009_05_27 TurkToOuzb-01 Voilà plus de 300 kilomètres que je n’avais vu l’ombre d’une station service. Celle-ci était sorti de terre il y a peu et on pouvait encore sentir les effluves de peinture fraiche se lier avec les relents du piètre carburant vendu ici. Elle avait été construite à l’entrée d’une ville nouvelle, elle-même fraichement bâtie suivant un plan parfaitement géométrique. Toutes les rues formaient des angles droits entre elles, et la quinzaine de bâtiments à l’allure soviétique affichaient fièrement leur éclatante blancheur. Cette oasis dessinée à la règle avait été construite à l’endroit où la route se sépare en deux. Une section continue vers le nord, tandis qu’une autre repique vers l’est. Je n’avais plus de manat, la monnaie locale et espérais payer mon plein avec quelques euros. Le pompiste semblait amusé par mes billets aux couleurs vives mais malheureusement, à ses yeux, seul un billet vert aurait pu avoir de la valeur. Par chance, la bourgade avait une banque susceptible de faire du change. Logée dans un de ces nouveaux bâtiments rutilants et criards, elle comptait une petite dizaine d’employés pas follement épris de travail. Une fois passé la grande porte vitrée, tous vinrent me saluer. A l’évidence, les attractions étant rare dans le coin. Le directeur de l’agence m’invita à m’installer dans une petite salle où l’on m’apporta thé, gâteaux et biscuits. Tous me regardaient là me sustenter dans mon déguisement de cosmonaute. Finalement, un employé eut la délicatesse de changer mon billet de 10 euros mais cela était bien accessoire. Après une dernière photo au pied du bâtiment, tous me saluèrent en me voyant retourner à la station service faire mon plein….

 

Au poste frontière de Dashoguz en début d’après-midi

 

Mais quel imbécile j’étais ! Pour retrouver mes parents à Bouckara, j’avais avancé la date de mon entrée en Ouzbékistan d’un jour, sans penser à vérifier quelles étaient les dates de mon visa ouzbek. Et me voilà sur le pont entre les deux postes frontières avec chacun des deux pays refusant, légitimement, de me laisser rentrer. Mon visa ouzbek commençait le lendemain et j’étais malheureusement sorti du territoire turkmène pour lequel mon visa ne comportait qu’une entrée… J’étais là, impuissant, enfermé entre deux grilles, sur un pont d’une vingtaine de mètres, des militaires de chaque côté m’observant comme on observe un animal au zoo. Les deux plus gradés de chaque camp se renvoyaient violemment au travers les grilles la responsabilité pour cette situation. Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient mais cela ne me laissait rien espérer de bon… J’avais toujours ma tente que je pouvais planter là sur ce pont, en attendant la réouverture des frontières le lendemain mais la solution, à part pour le souvenir, n’était guère enthousiasmant. Après une vingtaine de minutes de débat houleux, les militaires de chaque camp posèrent les cadenas sur les grilles, embarquèrent dans leur jeep kaki et partirent chacun de leur côté. La frontière venait de fermer, avec moi au milieu…

 

Comment se prépare-t-on à passer une nuit sur un pont ? Finalement, je n’ai pas eu le temps de trouver la réponse. La jeep turkmène est rapidement réapparue pour me rouvrir la grille et me conduire au premier poste frontière. Le colonel turkmène en poste avait accepté de m’accorder la possibilité de retourner à Dashoguz, la ville frontière, pour la nuit avec l’obligation de me représenter le lendemain à la frontière. Soulagement…

 

De retour en ville, il me manquait 3 manats pour pouvoir m’offrir une chambre dans le plus économique des hôtels, le flamboyant Hotel Dashogus. A l’accueil de ce vestige de l’ère soviétique, une vieille dame avec deux gros yeux bleus gouteux, un brushing boursouflé et qui avait eu ce matin là, comme probablement les précédents, la main un peu lourde sur le maquillage… Malgré tous mes efforts pour lui inspirer un peu de pitié, elle refusa de me faire don des 3 manats. Je devais donc trouver de quoi changer quelques euros dans ce bled alors qu’il était déjà presque 20 heures. Pendant que je vadrouillai dans la ville, je rencontrai deux jeunes turkmènes au volant de leur Opel Astra quelque peu personnalisée. Grâce à eux, je pu trouver un de ces changeurs de rue qui vous offre un taux des plus déplorables, mais qui ont l’avantage d’être encore ouvert quand les banques ferment leurs portes, et qui surtout acceptent toutes sortes de monnaie. Une fois l’opération de change effectuée, mes deux nouveaux amis me proposèrent de me joindre à eux pour diner. Et voilà comment une heure plus tard, je me retrouvai assis dans une salle enfumée, éclairée au spotlight, de la house music russe pour ambiance musicale, entouré de trois jeunes filles turkmènes d’un côté, trois jeunes garçons turkmènes de l’autre, à déguster quelques brochettes. De façon surprenante, les garçons, conducteur oblige, buvaient le thé pendant les filles se désaltéraient à la vodka, une cigarette au bec… Je n’ai pas su comment la soirée s’était terminée pour ce petit groupe, étant retourné, écrasé de fatigue, à mon hôtel après le désert, mais la vodka aidant, cela semblait bien parti pour être torride…

 

De retour au poste frontière de Dashoguz, le lendemain matin

 

2009_05_27 TurkToOuzb-05 Cette fois-ci, c’était la bonne. Après deux heures de paperasserie et le passage de deux bacs de désinfection étonnamment profond, j’étais enfin rentré en Ouzbékistan. Les premiers kilomètres me font découvrir un paysage étonnamment vert et boisé. Je croise par centaine des petits villages débordant de vie, avec ces jeunes enfants s’amusant au bord des routes, ces jeunes filles aux robes colorées marchant main dans la main, ces femmes portant des sacs entier de pains, et ces réunion d’aksakals, vieillards vénérés à la barbe blanche, assis sur des bancs face à la route. Malheureusement, je n’avais pas le temps de m’arrêter, pas même pour déjeuner, si je voulais épargner à mes chers parents des longues minutes d’angoisse. Les pauvres s’attendaient à me retrouver ce matin à l’hôtel de Boukara, à l’autre bord du désert de Kyzyl Koum et la découverte de mon absence allait probablement les jeter dans un certain tourment. Petit à petit, le paysage s’agrandit et la végétation devient de plus en plus éparse. Aux portes du désert, je trouve une dernière station service. Ma moto indiquait avoir encore un peu plus de 400 kilomètres d’autonomie, soit la distance qui me séparait de Boukara. Pour m’éviter une panne sèche en plein désert, je préférais prendre une petite marge de sécurité. Le seul souci était que je n’avais pas encore eu le temps de changer quelques euros pour des sums ouzbeck et le pompiste, comme le précédent au Turkménistan, ne prêtait pas grand intérêt à mes billets colorés. Par chance, un des hommes présents, peut être un collectionneur, accepta deux pièces de deux euros contre un bidon de 5 litres, soit de quoi parcourir près de 100 km supplémentaires. Ca suffirait.

 

2009_05_27 TurkToOuzb-06

 

La traversée des 400 kilomètres du désert de Kyzyl Koum me fit atteindre un nouveau record de température. En plein milieu de ces immenses plaines désertiques, le thermomètre atteint 46 C°. Sous le casque, j’étais passé en mode automatique. Sans réfléchir, j’avalais les kilomètres. Tout autour, un vaste paysage désolé.

 

Vers 18 heures, j’étais entre les murs de la ville et quelques minutes plus tard, j’aperçu le visage heureux et soulagé de mes chers parents.

 

A suivre….

 


Karakoum

Posted: July 6th, 2009 | Author: Baz | Filed under: 04 - Turkmenistan | | 4 Comments »

Sur la route au travers du désert de Karakoum

 

2009_05_27 Darvaza-16

 

Le soleil tapait fort. Autour de moi, une vaste étendue de dunes à la végétation éparse, brûlée par le soleil. Des serpents de sable poussés par le vent couraient sur le bitume avant de s’évaporer. Je tenais mon salut à l’excellente route qui me permettait d’avoir un peu de fraicheur en roulant à bonne allure au milieu de ce désert de Karakoum.

 

Après deux heures de route à m’égoutter au soleil, j’atteins ce qui devait être le point départ du sentier vers le cratère de gaz de Darvaza. Sur le terrain, aucun panneau, aucune indication. A une époque, il y avait bien une ville non loin mais lors d’une visite, son humble aspect déplu au président Niazov qui, tel Gengis Khan, en ordonna la destruction… Heureusement, j’avais trouvé les coordonnées géographiques sur internet et mon GPS m’avait conduit jusque là. Au départ, cela s’annonçait bien, un bon sentier de terre bien ferme et bien roulant. Mais au bout d’un kilomètre, le sentier s’élève et se transforme en une grande dune. J’arrive à récupérer la première dérive de la moto mais, en repartant, je chute. Grâce au sable, aucun dégât à déplorer mais la moto était bien enlisée. Le soleil continuait à pomper la moindre goute d’eau de mon corps pendant que je m’épuisai à essayer de la sortir du sable. Malgré les pierres et tous les efforts que je pouvais déployer, la moto refusait de bouger, aussi bien en avant qu’en arrière. Elle était là, plantée, figée, immobile et tout autour du sable à perte de vue. Avant même que j’eus le temps d’imaginer le pire, ma bonne étoile fit apparaître deux jeunes turkmènes sur leur bonne vieille moto russe. Je n’ai jamais compris d’où ils venaient. Ensemble, on arriva à hisser la moto en haut de la dune où je pus trouver une petite surface assez dure pour la poser sa béquille. Mes deux sauveurs devaient s’échapper pour Achgabat  mais avant de laisser partir, je leur demandai si la route jusqu’au cratère était pleine de sable  et de dunes ou si je pouvais imaginer y arriver avec ma moto de 300 kilos. Leur réponse malheureusement coupa net à tous mes espoirs…

 

Sous ma tente, dans le désert de Karakoum

 

Mon bruleur en face de moi réchauffait doucement l’eau de ma gamelle. Les petites flammes bleues sifflotant captaient mon regard. J’étais totalement épuisé, usé, vidé, brisé par ma journée. Elle n’avait pourtant pas été si longue mais ce temps passé dans le sable à extraire la moto sous ce soleil écrasant avait tiré sur mes réserves. J’avalais mécaniquement mes noodles dénuées de saveur, abattu par l’idée de ne pouvoir découvrir ce fameux cratère brulant alors que j’en étais si proche. Ce ne serait probablement pas le seul raté de ce voyage mais c’était dur à accepter… Résigné, je sorti de la tente pour récupérer mon sac de couchage qui était resté dans une des valises de la moto. Une fois debout, les pieds sur le sable, j’aperçois devant moi, perçant la nuit, le halo de lumière provoqué par le cratère en feu. Il était pourtant à 8 km de là mais je pouvais presque distinguer le scintillement de ses flammes. C’en était trop, je ne pouvais pas abandonner si près.

 

2009_05_27 Darvaza-03 Mon sac sur le dos, j’entrepris de suivre la trace du petit sentier que mes deux sauveurs avaient probablement dû emprunter quelques heures auparavant. La lune ne s’était pas levée cette nuit là et j’avançais éclairé par la seule lumière de ma petite torche frontale. Quelques petits lézards me tenaient compagnie. Leurs yeux réfléchissaient la lumière de ma torche tels de petits diamants qui s’enfuyaient à mon approche. A cette exception près, j’étais donc totalement seul, enveloppé dans cet obscure manteau de sable, suivant, tel un phare, l’arc lumineux.

 

2009_05_27 Darvaza-05

 

Une heure et demi après, j’étais arrivé aux abords du cratère, plus la moindre goute d’eau dans ma gourde. Il faut dire qu’au départ de la tente, elle n’en contenait déjà plus beaucoup. J’avais eu le malheur de bien l’entamer sans arrière pensée après tous mes efforts à tenter de sortir la moto de son trou et mon repas, aussi frugal soit-il, avait finit par rendre mes réserves d’eau assez anecdotique. En tout cas, j’y étais arrivé. A ce moment précis, mes réserves d’eau ne me préoccupaient plus. Au fur et à mesure que je m’approchais du sommet, je pouvais sentir l’air se réchauffer, percevoir les sifflements de jets de gaz s’enflammer, et apercevoir dans le ciel des petites particules s’élevant et brulant telles des étoiles en feu. Quand je pus distinguer les premiers centimètres des parois du cratère, j’avais cette impression d’approcher les portes de l’Enfer. Tout y était, le bruit, la nuit, le feu et les flammes. Je restai là une demi-heure à contempler ce spectacle mi-mortuaire, mi criant de vie, en sentant la Terre vibrer sous mes pieds, envouté.

 

Le chemin du retour fut assez difficile. Au bout d’une heure, mes pieds s’enfonçaient à chaque pas de plus en plus dans le sable et je sentais la peau de mes lèvres se feuilleter. La fatigue et la soif s’emparait de mon corps petit à petit et rendaient ma démarche de plus en plus saccadée. Arrivé proche de la tente la bouche totalement asséchée, je réalisai que je n’arriverai pas à m’endormir dans cet état de soif. Je décidai alors de tenter ma chance sur la route, à 1 km de là. Malgré l’heure tardive – plus d’une heure du matin -, j’apercevais au loin quelques phares traversés l’horizon. Le trafic était léger mais étrangement régulier. Plus ou moins toutes les cinq minutes, le léger sifflement d’un véhicule perçait la nuit. Plus le véhicule était gros, plus le bruit était sourd. Je me postai au milieu de l’énorme étendue de macadam, prêt à arrêter le prochain véhicule. Ce fut un gros semi-remorque. Ses phares avaient jailli de l’horizon il y a un moment déjà et il arrivait doucement à mon niveau. Petit à petit ébloui par ses phares, je lui faisais des grands signes des bras. Au fur et à mesure qu’il approchait, il ralentissait l’allure et j’entendais les vrombissements lourds de son moteur à chaque vitesse rétrogradée. Le bras tendu, je lui présentai ma gourde tel un trophée. Mais alors que je me croyais sauvé, le camion déboite juste devant moi au lieu de s’arrêter, et se remet à accélérer. J’essaye de le suivre en montrant le plus haut possible ma gourde mais le conducteur n’avait décidément pas l’intention de s’arrêter. En regardant, abattu, le camion s’éloigner au milieu de cette gigantesque route, je réalisai qu’il ne serait probablement pas aussi facile que cela de demander de l’aide à un véhicule en plein désert en milieu de la nuit. Et en effet, la dizaine de véhicules qui suivirent m’évitèrent soigneusement. Certaines voitures ralentissaient en me voyant avant de réaccélérer. D’autres, plus effrayées encore, se contentaient d’accélérer. Pendant une heure, j’allais d’un côté et de l’autre de la route en fonction de ce qui venaient à l’horizon. C’était harassant. Ma libération finit par venir sous la forme d’un vieux gros camion Mercedes totalement rouillé. Ses trois passagers acceptèrent de s’arrêter, probablement plus par curiosité que par pitié. En voyant ma gourde, le conducteur se saisit  d’un jerrican et commença à la remplir. Sans un salut, il referma ses portières et fit redémarrer dans un bruit d’enfer ce monstre d’acier. Tout c’était passé très vite. De nouveau seul au milieu de cette route, je réalisai en regardant ma gourde pleine et couverte de gouttes d’eau que j’étais sauvé. Je senti mon cœur alors, cette pompe à émotion, se remettre à battre, fidèle sous les côtes comme un gros muscle que l’on a fortifié.

 

2009_05_27 Darvaza-15 De retour à la tente, je me préparais un thé pour étancher ma soif. L’eau du jerrican était trop froide pour se laisser absorber par mon corps asséché. Elle courait sur ma gorge tel de l’eau sur des galets et il me fallait la réchauffer pour détendre la chair. Pendant que mon petit brûleur s’essoufflait à tenter de faire bouillir l’eau, je me remémorais tous les épisodes de cette riche journée qui avait commencé dans un improbable ministère des transports et se terminait ainsi en plein désert sous une fine pluie d’étoiles. Le bruit criard d’un petit cyclomoteur en peine me sorti de mes pensées. C’était les deux jeunes turkmènes rencontrés six heures auparavant qui revenaient me rendre visite. Ils me proposèrent de me reconduire au cratère sur leur petite moto russe, habituée à transporter bien plus  que ce que le cahier des charges avait dû prévoir. Ici, on use les machines jusqu’à la ruine sans soucis de les revendre. L’idée de repartir en expédition avec ces deux jeunes aventuriers m’aurait normalement séduite mais à cet instant précis, mon corps criait de fatigue. Finalement, on partagea le thé en regardant les photos que j’avais prises au bord du cratère et je revivais avec eux la magie de ces instants passés à admirer les flammes. Vers trois heure, après une dernière photo, mes deux invités disparurent dans la nuit au guidon de leur engin soviétique. Il ne me restait qu’à m’effondrer sous ma tente.

 

A suivre…

 

 

 


Premiers jours au Turkménistan

Posted: July 5th, 2009 | Author: Baz | Filed under: 04 - Turkmenistan | | Comments Off

Charlouk, Turkménistan

 

La nuit commençait doucement à prendre ses quartiers quand je fis mon entrée dans Charlouk. Ce petit patelin au milieu du désert de Gasan-Kuli s’étendait sur une centaine de mètres avec des petites maisons étonnamment assez coquettes, qui donnaient à l’ensemble une certaine chaleur malgré le vide qui l’entourait tout autour.

 

Huit heures plutôt, j’étais arrivé au poste frontière. Côté iranien, un peu de désorganisation mais avec patience, j’avais pu collecter tous les tampons dans une sorte de chasse au trésor, allant de bâtiment en bâtiment, d’agents en agents…  Côté turkmène, que de surprises. La première, la frontière était ouverte -  j’avais entendu des rumeurs comme quoi, en raison d’un reportage sur CNN sur la pandémie de grippe porcine, les autorités turkmènes auraient décidé de fermer les frontières. Heureusement, il n’en était rien ici à Gudurolom. Deuxième surprise, le bâtiment des douanes. Un somptueux immeuble de trois étages tout neuf, bien meublé et avec un personnel des plus courtois et pour les femmes, des plus élégantes. Elles portent une longue et belle robe verte qui épouse avantageusement leurs formes, et leurs longs cheveux bruns sont coiffés en chignon leur donnant des petits airs d’hôtesse de l’air. En venant d’Iran, le contraste est saisissant voire perturbant… Enfin, les différents services (contrôle de passeport, des documents de la moto, la banque pour payer les différents droits d’entrée, etc…) s’enchainaient les un après les autres dans une remarquable efficacité. Je pensais alors que toute la procédure serait vite réglée. Grave erreur. Le contrôle du carnet de passage en douane était submergé de dossier de camions iraniens. Conclusion, j’ai attendu cinq heures pour que mon carnet soit traité…

 

2009_05_25 Tkmstan-03

 

 

Une fois le poste frontière derrière moi, je découvre un paysage totalement désertique. La route qui traverse le désert de Gasan-Kuli ressemble alors plus à une piste sur laquelle on aurait cherché à étaler un peu de bitume comme du beurre trop froid. Heureusement, les sections de pistes sont bien roulantes, même si pas suffisamment pour me permettre de rattraper le retard pris au poste frontière. Tout autour, de la steppe à perte de vue, et quelques chameaux qui viennent couper de leurs bosses l’horizon ensablé. Au loin sur la route, il m’arrive d’apercevoir des tourbillons de sable qui 15 minutes plus tard se transforment en vieux camions rouillés. La Turkménistan m’apparait alors bien plus sauvage que l’Iran.

 

Toute droite sur des dizaines de kilomètres, la route s’offre très exceptionnellement quelques angles sans que l’on puisse comprendre qu’elle en est la cause. Pas d’obstacles apparents, pas de reliefs particuliers, juste un virage en plein désert. En réalité, la raison en est que la route, probablement d’origine militaire, suit les lignes de la frontière avec l’Iran qui courent le long de la chaine de montagne du Kopet Dag, 2 kilomètres plus au sud…

 

J’avais prévu d’atteindre avant la nuit à la capital Ashghabat mais finalement je n’avais pu atteindre que ce village de Charlouk. Il était inutile d’espérer y trouver un hotel. En avançant doucement sur la rue principale (peut être la seule d’ailleurs), je croise deux messieurs en pleine de conversation. Je m’arrête à leur niveau et grâce à un magnifique jeu de mime, leur fait comprendre que je cherche un endroit pour dormir. Avec un large sourire, l’un d’eux m’invite à rentrer ma moto dans sa cour, juste en face de moi. Il allait être mon hôte pour la nuit.

 

Posé sur sa terrasse, allongé sur un grand tapis persan et confortablement accoudé sur quelques cousins, nous dégustions le diner généreusement par sa femme et sa belle-sœur. La nuit était douce et le ciel parsemé d’étoiles. Malgré les incompatibilités de langage, en s’aidant de quelques stéréotypes et de sujets universels, nous arrivions à avoir une sympathique conversation. Les histoires de couple (quand je vous parlais de sujets universels…) nous occupèrent pendant une bonne demi-heure. Mon hôte aimait à se présenter comme victime de sa femme, qui par exemple, ne lui laissait pas boire de la vodka ou même chiquer du tabac. S’il désobéissait, elle pouvait en venir aux mains, ce qui, au vue de l’opulence de son épouse, semblait pouvoir être assez douloureux… A n’en pas douter, cette soirée allait être un des grands souvenir de ce voyage.

 

2009_05_25 Tkmstan-04

 

Lendemain matin, après une nuit dans la chambre entre les deux fils et un petit déjeuner en famille, il était temps de reprendre la route en direction de la capitale.

 

 

 

Achgabat, en début d’après-midi

 

2009_05_26 Ashghabat-01

 

 

La route s’était progressivement améliorée au fur et à mesure que je m’approchais d’Achgabat. Avant d’atteindre la route principale reliant la capitale à la mer Caspienne à l’ouest, j’avais traversé de longues prairies vallonnées à l’herbe ternie par le soleil. Quelques petits contrôles de passeport avaient rythmé mon parcours sans trop le ralentir. Une fois sur l’axe majeur, c’est une longue étendue de bitume qui plonge vers l’horizon, sous un soleil écrasant. Je croisais un nombre surprenant de BMW de deuxième main, toutes de couleur noir, donnant à l’ensemble à côté très mafieux. A 5km des portes de la ville, les effets de gazodollars commence à se faire sentir : sur le terre-plein entre les voies, fleurissent de nombreux arbustes et autres fleurs colorées. Apparaît enfin l’énorme arche d’entrée à l’allure très soviétique qui bondit d’un côté à l’autre de la route. Juste après, une gigantesque fontaine aux allures néo-romaine me sert de premier contact avec le style Niazov. L’ancien président qui avait pris la pouvoir lors de la chute de l’URSS et imposé une violente et douloureuse dictature au pays, avait lancé une totale reconstruction de la capitale après l’indépendance en 1991. Profitant des ressources naturelles du pays, il y a fait ériger d’énormes bâtiments en marbre blanc et autres édifices à son effigie – dont nombreux ont été construit par Bouygues… Le tout a un style assez surréaliste et est souvent de mauvais goût. Mais le pire reste les centaines de sans-abris aynt perdu leur logement à la suite des destructions, et pour lesquels les autorités n’ont pas prévu de solutions de relogement…

 

Assis à la table d’un restaurant que j’avais trouvé pas loin du centre, je suis abordé par un français au style assez bonhomme (malgré son costume) qui avait été surpris de trouver une plaque d’immatriculation française à l’entrée du restaurant.  Ce dernier travaillait pour Vinci, probablement fatigué de voir son éternel concurrent se gaver seul avec les fameux gazodollars turkmènes… Il était là pour rendez-vous d’affaire et mis rapidement court à notre petit entretien. Derrière moi, un jeune russe, Vitaly, terminait son repas quand il se proposa de me servir d’interprète avec le serveur qui ne parlait pas un mot d’anglais. Vitaly parlait un anglais très british, après avoir fait toutes ses études en Angleterre. Il visitait le Turkménistan après avoir baroudé en Iran et au moyen-orient et était arrivé la veille dans la capital turkmène. Une fois mon déjeuner terminé, il me conduisit à son hôtel, l’hôtel Syyahat, vestige de l’ère soviétique Comme bien d’autres hôtels touristiques construits à l’époque, ce dernier est aujourd’hui complètement défraichi et mal entretenu. Les poignées de portes, quand il y en a, vous reste dans la main, les fenêtres ne ferment pas, le système électriques est assez inquiétant, le carrelage de la salle de bain perd un de ses carreaux à chaque douche et les toilettes, je vous en épargne les détails. Par contre, à chaque étage, vous trouverez une dzhurnaya, la femme de service chargée de distribuer les clés des chambres. Au travers d’un long couloir, elle vous conduira à votre chambre et en ouvrira la porte avec la même attention que s’il s’agissait d’une suite présidentielle. La scène est assez pathétique mais sa présence apporte une certaine chaleur au lieu.

 

2009_05_26 Ashghabat-03 Après une petite douche bien méritée, Vitaly et moi passons l’après-midi à découvrir la capitale de marbre et ses édifices grandioses. Mon préféré restera le mémorial du Tremblement de terre. Le 6 octobre 1948, un tremblement de terre de magnitude 9  mis à terre toute la ville en tuant les deux tiers de sa population, soit 110 000 personnes. Les chiffres officiels de l’époque firent état de seulement 14 000 victimes – sous le régime stalinien, les désastres n’existaient pas, n’est-ce pas ? – et le pays fut fermé aux étrangers pendant cinq ans, le temps d’ensevelir les morts. En souvenir de ce triste événement et l’honneur des victimes, Niazov fit érigé une colossale statue en bronze grandiloquente représentant un taureau supportant un globe terrestre, surmonté d’un jeune enfant en or qui n’est autre que Niazov lui-même… Tellement stupéfait du mauvais goût, j’en ai oublié d’en prendre une photo… 

 

En fin d’après-midi, nous déambulons dans le quartier de Berzengi, avec ces immeubles en marbres blancs, ses fontaines et ses espaces verts. Dans le parc de l’indépendance, nous découvrons une grande fête organisée pour la fin de l’année scolaire avec plein de jeunes écoliers et écolières endimanchés pour l’occasion. Sur la scène, des chanteurs se succèdent devant un monumental portrait du successeur de Niazov qui n’a pas attendu longtemps pour reprendre les habitudes de son prédécesseur. 

 

2009_05_26 Ashghabat-10 Le soir venu, nous nous faisons prendre par le couvre-feu imposé par les autorités en ce jour de fin d’année scolaire qui oblige les restaurants a arrêté le service à 20h. On se retrouve alors à déguster pour tout diner un peu de brioche et de l’eau pétillante dans la chambre de Vitaly en regardant sur son ordi un vieux film de propagande soviétique assez distrayant.

 

Le lendemain, Vitaly partait pour Merv en bus et après avoir réglé quelques problèmes administratifs, je devais prendre la route pour le désert du Karakoum.

 

Ministère des transports du Turkménistan

 

Pour une raison sûrement absurde que je n’avais pas réussi à comprendre, les douaniers de Gudurolom m’avait fait une autorisation de circulation limitée à l’itinéraire Gudurolom – Achgabat et je devais étendre cette autorisation pour me rendre au nord du pays auprès du ministère des transports du Turkménistan. Ce dernier est logé dans un immense hall blanc, totalement vide à l’intérieur, avec pour seul aménagement une petite fontaine en son centre. Les bureaux se trouvent derrières des portes vertes sur trois étages de balcon construits sur les murs latéraux du bâtiment. Derrière l’une de ces portes, je trouve 4 fonctionnaires : le premier joue sur l’ordinateur, le second fume le cigare les pieds posés sur son bureau, les deux derniers discutent au-dessus d’un magazine. Dans cette ambiance studieuse, je tente ma chance auprès de ces deux derniers en leur présentant les papiers qui m’avaient été remis à la frontière. A ma grande surprise, l’accueil fut chaleureux. Je réussi à faire comprendre quels étaient mes plans et l’un des fonctionnaires commence alors à faire le calcul des kilomètres de mon itinéraire pour l’assiette de la taxe d’essence. Il faut savoir qu’au Turkménistan, l’essence est non pas taxée mais subventionnée à la pompe (à défaut d’être gratuite comme le gaz).  Pour s’assurer que les touristes en transit comme moi ne profitent de l’aubaine, ces derniers doivent s’acquitter d’une taxe d’essence calculée en fonction du nombre de kilomètres induits par le parcours déclaré et auquel chacun est tenu. J’avais déjà réglé près de 70 dollars à l’entrée (au titre notamment de cette fameuse taxe d’essence) et voilà que le fonctionnaire me réclamait de nouveau 45 dollars au prétexte que mon itinéraire comportait, selon ses chiffres, presque 700 kilomètres jusqu’à la frontière ouzbek à Dashoguz. Surpris du chiffre, je m’empare de la règle posée sur son bureau et essaye de lui démontrer sur la grande carte accrochée au mur que son pays n’est pas aussi grand qu’il veut bien le croire. En effet, entre Achgabat et Dashoguz, il n’y a que 450 kilomètres, pratiquement qu’en ligne droite. Mais tout cela n’était que peine perdue. Le fonctionnaire malgré son gentillesse du départ, souhaitait vivement reprendre la lecture de son magazine et me représenta alors d’un air lassé sa calculette affichant toujours le même chiffre de 45… Frustrant.

 

A suivre…