En aparté – Clin d’oeil kashmiri sur l’actualité politique française

Posted: July 31st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 10 - Inde | | Comments Off

Il semblerait que les Kashmiris aient leur petite idée sur la cause des derniers troubles de santé dont a été victime notre très cher Président… 

Monsieur President is dead..! par Robert Clements, paru dans le Kashmir Times daté du 29 juillet 2009

« Monsieur President! Monsieur President! Get up! Get up! Oh my God Monsieur President eese dead! Monsieur President eese dead! Aidez-moi! »
« Shut up you fool! I am not dead; I have fainted! »
« Oh my God Monsieur President has fainted! »
« Why are you shooting like this? »
« I am telling the public to get help, you are fainted , you are fainted! »
« Bah I am not fainted, mind your language, I have fainted! »
« Monsieur President has fainted! Monsieur President has fainted! »
« That sounds better, but why are you shouting? »
« To get help! »
« I do not need help! »
« No? »
« No! »
« Then what do you need? »
« Rest! »
« Rest? »
« Yes rest you numbskull, rest, rest, your President needs rest and you by shouting are disturbing me from my rest! My much needed rest! I am so tired, so tired, I just need some rest and you cannot give that to me you numbskull?”
“But Monsieur President, we will get you home…”
“No, nooooo, there is no rest at home, she is there, she is everywhere!”
“Who Monsieur President?”
“She, she, I need rest before I go back to her, and you are spoiling my rest!”
“But you should get rest at home Monsieur President!”
“Silence you idiot! There is no rest at home. She will come to me, rub her hands on my chest and say “Comme il est beau!”, You are so handsome, and I will look at her and say with lust in my eyes, “Qu’est-ce qu’elle est mignonne!”, she is so cute and then, and then like a wild cat she will be on me and I like a young garçon am upon her, but…”
“But what Monsieur President?”
“But I am fifty four years old, and she…”
“And she Monsieur President?”
“She is beautiful!”
“You are very lucky Monsieur President!”
“You fool I am not lucky! I am tired, and when I try to get some rest, I have a fool shouting Monsieur President is dead, Monsieur President is fainted! Quel désastre !”
“I am sorry Monsieur President”
“Bah! Now let me sleep!”
“Monsieur President, but what do I tell the security?”
“Tell them Monsieur President fainted!”
“Monsieur President is fainted! Monsieur President is fainted..!”
“Vive la France and her English Grammar!” whispered Sarkozy as he curled up for a much need rest from his youthful life, there on the jogging track.


En route vers Khorog

Posted: July 26th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Sur une route de terre le long du fleuve Panj, la nuit tombée

2009_06_09 RoadtoKhorog-07 Mais quelle idée j’avais eu d’aller chercher le bonheur si loin ? Le soleil à présent était caché derrière les montagnes et bientôt, il allait me falloir conduire à la seule lumière de mes phares dans ce chantier boueux qui me servait de route. Alors que j’avais toutes les raisons de vouloir hâter le pas, j’étais forcé à l’arrêt. Un camion bloquait de toute sa largeur la route. Il était coincé au pied d’une pente et n’arrivait pas à repartir. Toute l’après-midi, le ciel avait généreusement déversé ses averses qui avaient rendu la terre argileuse et glissante et à chaque tentative de redémarrage, le camion s’enfonçait un peu plus dans sa trace. Déjà trois heures auparavant, j’avais fait ma première chute dans la boue. Pas de dégât, la boue ayant bien absorbé le choc mais cela avait tout de même affecté ma confiance. J’avais dû attendre plus d’une heure que la pluie cesse et que la terre étanche sa soif pour repartir dans ce qui était devenu une étape bien pénible. Le paysage m’avait pourtant réservé de belles surprises. Jusqu’à Kulyab, ville natale du président, la route en parfait état – allez y voir un lien…- traverse de vastes prés tout juste mollement vallonnés. S’en suit une pente douce vers le col de Shurabad avant de plonger rapidement à fond de gorge au bord du fleuve Panj, véritable frontière naturelle avec l’Afghanistan, offrant un paysage aussi dramatique que magnifique. Mais avec les premières ondées, la piste demanda vite toute mon attention. Les passages délicats se succédaient les uns après les autres. Grâce à ma bonne étoile, j’étais arrivé jusque là sans autre incident mais un nouvel obstacle se dressait devant moi. Derrière le camion, une rivière large d’une dizaine de mètres, dont le courant avait dangereusement forci avec les pluies. Arrêté dans la pente, j’arrivais péniblement à garder la moto en équilibre entre mes jambe avec toute cette boue. Le camion réussi enfin à repartir grâce à l’aide d’un imposant tractopelle qui de son bras mécanique lui donna l’impulsion nécessaire pour se sortir de son trou. Il me fallait à présent traverser la rivière. Par sécurité, je décidai de faire un repérage à pied. L’eau arrivait à mi-cuisse, le courant était dangereusement puissant et le lit de la rivière recouvert de galets. Cela s’annonçait difficile. Je demandai alors au conducteur du tractopelle s’il voulait bien m’aider. Sans un mot et d’un simple geste du visage, il accepta. Il descendit de son imposante machine et je lui fit comprendre avec quelques signes que je voulais qu’il se mette en opposition par rapport au courant, de façon à pouvoir retenir la moto si jamais celle-ci m’échappait. L’éventualité de voir ma moto couchée au fond d’une rivière en pleine nuit au milieu de nulle part était assez inquiétante. Et ainsi débuta l’immersion, doucement, une roue après l’autre. Grâce à l’entrée d’air situé juste en dessous du phare, le moteur totalement immergé continuait de ronronner fidèlement. La progression en était malgré tout lente et capricieuse. Garder la moto droite avec ce courant demandait toute la force de mon corps et les galets au fond de la rivière venant buter contre les roues n’arrangeaient rien. A deux reprises, il me fallut m’arrêter pour retrouver un peu de souffle et d’énergie. Le conducteur qui était resté à côté de moi tout au long de la traversé n’avait pas eu à intervenir mais sa présence m’avait bien rassuré. Une fois de l’autre côté, un conducteur de jeep qui avait eu la gentillesse d’attendre que je termine mon passage avant de s’engager, essaya de m’expliquer quelque chose mais il m’étais difficile de comprendre quoi. A en croire les gestes de ses mains, un peu plus loin sur la route, quelque chose tomberait du ciel…

La nuit à présent avait totalement recouvert la route de son obscurité. Il était plus difficile encore de piloter sur la piste entre les pierres, les nids et ornières parsemés de-ci de-là et ma vitesse s’en ressenti. Soudain, je compris ce dont le conducteur de jeep voulait m’avertir. Éclairé par mes phares, un épais voile blanc tombant d’une corniche au-dessus de la piste semblait bloquer le passage. Il s’agissait en réalité d’une surprenante chute d’eau se déversant tel un rideau sur toute la largeur de la route. Sans m’arrêter, je la traverse. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur que j’en étais déjà sorti mais quelle étrange sensation. Peut être que de jour, la traversée aurait eu l’air plus insignifiante mais avec pour seule lumière celle de mes phares, au fond de cette imposante et obscure gorge, sur cette piste inhospitalière, l’expérience tenait plus d’une plongée en apnée que d’un raid à moto. J’étais bien heureux de retrouver un peu d’oxygène derrière.

Deux kilomètres plus loin, je rencontre un impressionnant chantier mobile avec son lot de machines, de projecteurs et de bruit. Un ingénieur dans un petit 4×4 russe m’arrête et m’annonce que la route est fermée. L’annonce faisait mal. J’étais totalement trempé, les bottes remplies d’eau, écrasé de fatigue et il allait me falloir trouver un endroit en pleine nuit pour monter ma tente au bord de cette piste coincée entre la falaise et le fleuve, en espérant ne pas rencontrer une de ces mines oubliées par l’armée soviétique. Finalement, l’ingénieur me demanda si j’étais seul. A ma réponse, il me fit signe d’y aller. En engageant la première, je me demandai à quoi je devais m’attendre. Si la piste que je venais de traverser avec rivière et cascade était une route « ouverte », que serait une route « fermée » ? Au final, elle n’était pas bien différente…

Chaykhana de Khostav

Je m’étais trouvé un petit coin d’espace pour poser mon matelas dans un des trois dortoirs que comportait cette petite chaykhana trouvée miraculeusement vers 23 heures au bord de la route. Après le chantier, j’avais péniblement traversé les 6 kilomètres de piste soit-disant fermée avant d’atteindre une portion de route parfaitement goudronnée. C’en était surréaliste. Elle était lisse comme une coulée d’huile. Si je n’avais pas été prévenu de son existence par le Lonely – probablement aussi exténue par la traversée, l’auteur s’est même laissé aller à la qualifier abusivement « d’autoroute à trois voies » – j’aurai cru à un miracle. A présent, j’étais enfin étendu sur le sol de cette chaykhana, tout mon équipement séchant à côté de moi. Les dortoirs étaient remplis de courageux camionneurs, les caravaniers d’aujourd’hui, qui à l’aide de leur infatigables machines, alimentaient le Pamir. Toute ma chambrée dormaient profondément et à croire leur ronronnement, la journée avait été longue pour tout le monde…

Étendu sur la terrasse du Pamir Lodge, Khorog

2009_06_11 KhorogBota-07 L’endroit avait tout pour plaire. Construit dans une petite propriété dans les hauteurs de Khorog, autour d’un charmant jardin, Pamir Lodge était un endroit paisible, simple et accueillant qui vous fait croire que pourriez passer une éternité à y séjourner. Cette guesthouse étaient tenue par une communauté ismaélite vivant de leur culture et des quelques sums volontiers versés par les quelques voyageurs qui avaient la chance d’y poser leur valise. A mon arrivé, quatre des cinq chambres étaient occupées : la première par Nathalie et Michel, un couple français reliant Bichkek à Katmandou en vélo couché; la seconde par un jeune américain d’Hawaï traversant l’Asie Centrale, la troisième par Fred, un normand d’origine ayant monté une affaire hôtelière au brésil, qui était accompagné de sa femme brésilienne. La pauvre ne comprenait pas encore pourquoi son mari lui avait faire tout ce voyage pour arriver jusque là et ce dernier avait une façon assez prosaïque de présenter les choses. Une de ses expressions me marqua par son authenticité : « Si tu fais tout ce qu’il y a dans le Lonely, tu n’as même plus le temps de pisser ». Comment le dire mieux ? Enfin, la dernière était devenue la demeure d’un jeune canadien, Lincoln, venu étudier le sors des abeilles des Tadjikistan pour une fondation américaine.

2009_06_11 KhorogBota-02

Pour le touriste, Khorog, petite bourgade nichée dans un défilé montagneux, n’offre pas d’intérêt particulier autre qu’être la capitale de la région où l’on trouve le dernier relais d’essence et de ravitaillement avant la traversée de la Pamir Highway. Alors pour ma seule journée sur place, je décidai d’accompagner Lincoln sur son lieu de travail, le jardin botanique de Khorog. Il y réalisait des prélèvements de spécimens d’abeilles et autre insectes avec l’espoir que l’un d’entre eux détiennent la solution curative contre l’épidémie qui décime actuellement les abeilles du monde entier sans que nous puissions en comprendre la cause. Nouvelle étape dans l’histoire de l’évolution ou nouveau dérèglement causé par la main de l’Homme ? Peut être que l’avenir nous le dira…

Le lendemain, j’allais enfin découvrir la fameuse Pamir Highway.

A suivre…


Dushanbe chez les Olsons

Posted: July 21st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Posé en terrasse sur la Rudaki avenue, Dushanbe

2009_06_08 RoadtoDushanbe-05 J’en avais presque oublié l’odeur. Pourtant, ces 4 dernières années, chaque jour, il avait été là, m’insufflant gorgé par gorgé sa petite dose d’énergie. Mais depuis Istanbul, plus un signe, ni même l’évocation de son nom. A la place, j’avais été abreuvé de thé, saturé de sucre, servi dans des petits verres décorés aux formes sensuelles. Il faut dire que cette boisson se marie bien mieux au rythme avec lequel la vie se distille dans les pays que je traversai. Elle prend le temps de doucement diffuser ses essences excitantes, donnant au corps juste l’énergie suffisante pour éveiller les sens et éclairer l’esprit. Mais ici à Dushanbe, pour la première fois depuis que j’avais quitté l’Europe, j’avais pu retrouver la robuste et excitante saveur d’un véritable café. Le Segafredo Café venait d’ouvrir il y a à peine 3 mois et était rapidement devenu incontournable pour tous les touristes et expatriés de la ville. J’y passai chaque jour quelques heures, dégustant son excitant breuvage tout en profitant de son réseau internet sans fil…

 

2009_06_08 RoadtoDushanbe-01 Dans la capital, j’étais hébergé par Trevor et Lilly, un couple d’américains rencontrés sur internet et travaillant pour l’ambassade des Etats-Unis dans ce petit narcoétat qu’est le Tadjikistan. Dushanbe, sa capitale, offre de belles avenues boisées parcourues par un nombre étrangement intrigant de belles berlines et autres 4×4 allemands. Au vue de l’état de la route pour y parvenir, je fus agréablement surpris de trouver une ville aussi moderne et agréable. Après avoir quitté Artush, la route commence par longer la rivière Zeravchan à travers de larges et vertes plaines. Mais rapidement, elle s’élève et pénètre la splendide chaine de montagnes du Zarafchan. Ici, la terre encore bien vivante n’entend pas se laisser ainsi revêtir de ce triste ruban d’asphalte. Alors au début, elle le perce de nids de poule profonds comme le bras. Puis, au fur et à mesure qu’elle s’élève vers le ciel, elle le tord, le déchire et l’arrache. Mon allure s’en ressenti et j’atteins ainsi prudemment le tunnel construit par l’Iran perçant la montagne qui vous épargne l’ascension vers le col d’Anzob, 600 mètres plus haut. Même s’il est déjà ouvert au trafic, le tunnel est bien loin d’être fini. Du fait de l’eau qui ruisselle à l’intérieur de la montagne, il est totalement inondé avec par endroit plus de 50 cm d’eau. Le passage des pots d’échappement brulant sur cette eau boueuse enfume tout l’espace d’un épais brouillard seulement percé par les phares des camions et jeeps assez solides ou assez fous pour tenter la traversée. Le manteau boueux cache les irrégularités du sol et je me fais plus d’une fois surprendre à plonger de plusieurs dizaines de centimètres avant de remonter brutalement. Au fond de cette mine dans laquelle j’étais rentré de façon bien innocente, je cherchais un endroit où m’arrêter pour prendre une photo. Mais je ne trouvai le répit qu’à la sortie du tunnel. Je n’avais jamais vu çà. Un tel ouvrage serait impensable dans nos riches pays mais ici, on se préoccupe bien moins de ce genre de confort qu’est la sécurité… 

Stitched Panorama Sur l’autre versant de la montagne, à l’autre bout du tunnel, la route vers Dushanbe est construite par des hordes de chinois. Mais encore une fois, la tâche est loin d’être terminée, et des sections de route totalement désastreuses alternent avec de reposantes portions fraichement construites. Avec patience et prudence, j’atteins ainsi la capitale. J’y passai 5 jours, à attendre un nouveau train de pneus, à tenter vainement de procéder à un hypothétique enregistrement de ma moto – malgré l’aide de l’ambassade de France à ce sujet, toutes mes tentatives auprès de différentes administrations se conclurent par de cuisant échecs… -, à déambuler dans la ville en compagnie d’un jeune iranien prénommé Nima rencontré sur la route, à m’offrir quelques matchs de soccer avec les marines de l’ambassade des USA, et à déguster de délicieux caffe latte, tout en profitant du confort de la maison de Trevor.

Quand les pneus arrivèrent enfin, il me fallait les faire monter. Trevor s’était renseigné pour moi et m’avait indiqué un endroit bien réputé pour faire l’opération. Dans une sorte de parking, je trouvai un matin un petit local tout crasseux dont la porte ne dépassait pas 1 mètre de hauteur – peut être une mesure de sécurité contre le vol des machines logées à l’intérieur…. Alors chacun avait sa méthode pour y rentrer, certains allait même jusqu’à se mettre à quatre pattes. J’avais du mal à croire qu’avec toutes ces luxueuses voitures dans les rues, il n’y avait pas un endroit moins atypique pour faire changer des pneus. Avec l’aide de deux mécanos, on changea le pneu arrière. L’extrémité du tuyau du compresseur, qu’il faut connecter à la valve du pneu, n’avait pas de système de blocage autre que la force du poignet. En réalité, il s’agissait d’un simple tuyau d’arrosage reconverti. Malheureusement, c’est insuffisant pour mon pneu qui en raison de sa structure sans chambre à air nécessite un bon coup de pression pour se caler sur la jante. On essaya à 4 mains, puis même à 6, sans succès. C’était assez frustrant et inquiétant à la fois. Si nous n’arrivions pas à mettre ce pneu en place, je ne pouvais plus repartir… Finalement, avec l’aide d’une sorte d’écrou enfilé autour du tube, nous avons pu enfin terminer l’opération. Pour le pneu avant, le garage n’avait pas la pièce nécessaire pour dévisser la roue. Ce dernier était bien moins usé alors je me fis à l’idée de repartir sans le changer. Mais l’après-midi même, alors que j’accompagnai Trevor à la réunion du Hash Club de Dushanbe, sorte d’institution internationale associant course à pied et beuverie, inventée par des colons britanniques – qui d’autres auraient pu avoir une telle idée ? – l’un des participants auquel je faisais part de mon expérience du matin m’annonça qu’il avait la fameuse pièce. Alors, le lendemain matin, je pris le parti de changer, seul, sans machine, la roue avant. L’opération demanda une bonne heure et demi, deux ou trois petite phases de doute, quelques litres de sueurs, une ou deux petites rayures sur la jante et un très coopératif chauffeur de taxi qui un dimanche réussi à trouver un garage ouvert, bien mieux organisé que le précédent – mais quel était l’énergumène qui avait osé le recommander à Trevor… – pour gonfler la roue fraichement montée de son nouveau pneu. N’ayant jamais monté un pneu de ma vie, que ce soit de moto, voiture ou ni même vélo, je dois concéder avoir eu petit sentiment de fierté en serrant la dernière vis, mais je vous rassure, pas suffisant pour vouloir le refaire…

Après une dernière soirée en famille, j’allais reprendre la route en direction de la fameuse Pamir Highway.

A suivre…


Petit treck dans les Fannsky Gory

Posted: July 18th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

 Artush, au couchant

J’étais arrivé à Artush en fin de journée. Mes hôtes m’avaient rapidement fait allonger sur leur dastakhan, le long tapis perse qui habille le sol de toutes les demeures d’Asie Centrale. Etendus devant moi, une farandole de petits gâteaux et friandises colorées qui avaient depuis fort longtemps perdus de leur croquant. J’avais rencontré mes hôtes par l’intermédiaire d’un guide de Samarcande qui m’avaient donné leur adresse. Dilshod et sa femme habitaient dans une belle demeure à deux étages perchée dans le village de montagne d’Artush, à deux heures de route de la frontière ouzbek, passée le jour même. J’y avais trouvé un douanier logé dans un petit préfabriqué qui avait été épargné de tout ménage depuis bien des années. Il était vêtu avec tout l’attirail du parfait militaire prêt au combat, à l’exception des petits mocassins luisants qu’il portait aux pieds, probablement plus confortable que les habituelles rangers. A mon arrivée, les premières gouttes d’un orage commençaient doucement à se faire sentir. Le temps que le douanier appose quelques tampons sur mon passeport et remplisse le registre, à ma remise en selle, les nuages avaient fort habilement fini de se délester de leurs ondées et la terre d’entacher sa soif. Le Tadjikistan commençait déjà à me faire bonne impression. Derrière la barrière, de vaste prés au milieu d’une vaste plaine dévalaient sous mes yeux. Sur la route, des milliers de sourires de tout âge me saluaient chaleureusement à mon passage et petit à petit, apparaissaient au sud les premiers sommets enneigés desFannsky Gory. Au bout d’une centaine de kilomètres, je quittai la grande route pour m’engager sur un chemin grimpant doucement le long d’un vallon encore bien vert. Le tarmac n’a pas attendu longtemps pour laisser place à la boue et j’étais alors bien heureux d’apercevoir Dislhod en bas de sa maison.

Pour dîner, la femme de Dilshod avait préparé le traditionnel plov, un plat bien riche pour combattre les extrêmes températures de la région, fait d’un mélange de riz, de viande bouillie, d’oignons, de carottes, de raisins secs et de pois chiches, le tout baignant dans un manteau huileux. Pour le dîner, nous avions été rejoins par Rulik, mon muletier pour le treck et mollah de profession. Le petit gaillard avait une bonne tête et je me réjouissais de partir avec lui pour 3 jours. Il m’avertit qu’il n’avait qu’une seule contrainte au quotidien qu’étaient ses cinq prières journalières. Au cours de chacune d’entre elle, tout en tirant sur ses oreilles avec ses mains – peut être était-ce d’ailleurs à force de prier qu’elles étaient devenues si larges… – il faisait des mouvements de rotation de gauche à droite, puis de droite à gauche tout en récitant des versets du Coran. Étonnant rituel bien différent de ceux aperçus en Iran.

2009_06_04 Kulikalon-12 Le lendemain matin, nous entreprîmes l’ascension des 1800 mètres de dénivelé qui nous séparaient de la cuvette de Kulikalon où nous devions planter le camp. Ma petite compagnie était constituée de Rulik, mon muletier mollah, Rainbo, son chien, et sa mule Micha. La bonne bête avait le pied sûr et traînait sans broncher tout notre lourd équipement. Au cours des premieres minutes sur le sentier, nous croisons des dizaines de bergers tadjiks, hoquetant sur leur pauvre mulet d’un pâturage à l’autre suivis de tout leur troupeau. A l’évidence, la vie tournait ici au rythme des saisons et il était à présent venu le temps des hauts alpages. Chacun de ses hommes pouvait partir plusieurs jours pour conduire leur précieux troupeau sur ces hauts plateaux redevenus le temps de l’été de longues étendues d’herbe verte et bien fraîche.

Au bout d’une demi-journée de marche, nous avions enfin atteint la cuvette de Kulikalon. Le campement fut rapidement posé au bord du lac de Duchakka. Sa couleur soit disant turquoise était bien affadit par l’épais manteau nuageux qui enveloppait le Chimgarta, la plus haute montagne des Fannsky Gory qui nous surplombait du haut de ses 5489 mètres. Pendant les rares éclaircies, je découvrais l’étrange végétation du lieu. Plantés de façon éparse, de petits arbustes semblent avoir été façonnés par le vent. Leurs branches totalement aspirées n’ont poussé que d’un seul côté et l’écorce, à force d’être étirer par les rafales qui s’engouffrent dans la plaine, s’effilochait comme de la vieille corde.

2009_06_04 Kulikalon-11A

Après une froide nuit sous la tente, je partis seul le lendemain à la découverte des lacs Alauddin, 4 kilomètres plus à l’est. Malheureusement, à cette altitude, la neige n’avait pas encore eu le temps de fondre et je n’ai pu atteindre que les premiers lacs. Le paysage était fort heureusement déjà grandiose dans cette plaine gigantesque où les eaux des lacs reflétaient tels des miroirs les sommets enneigés.

2009_06_04 Kulikalon-14

De retour au campement pour le déjeuner, j’eu juste eu le temps d’avaler ma portion de plov avant de rempaqueter le campement et partir pour un énième lac à l’obscure couleur verte dans une vallée voisine. Le passage du col se fit sous une pluie lourde. Sur l’autre versant, la pluie avait rendue le sentier dangereusement glissant et notre pauvre mule se retrouvait à dévaler la pente toute en glissade, posée sur son arrière-train, les quatre fers en avant. Pauvre bête… Au bout du sentier, après avoir rapidement croisé le lac, nous pûmes nous réfugier à l’Aplager, le camp de base. J’y trouvai un sauna, aussi appréciable qu’inattendu, le lieux n’ayant même pas de toilette… Le lendemain, je du repartir vers Artush pour y récupérer ma fidèle et s’envoler vers Dushanbe.

A suivre…


Retour à la maison en Ouzbékistan

Posted: July 17th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 05 - Ouzbékistan | | Comments Off

2009_06_01 Ouzb-01

 

Cela faisait près de deux mois que je me préoccupais chaque jour de mon agenda et de mon itinéraire, calculant les étapes, m’organisant les visites, trouvant où dormir, où manger,… Depuis le départ, d’innombrables arbitrages, plus ou moins heureux, avaient jusqu’alors remplit mon quotidien. Et là, soudainement, je me retrouvais pris en charge. Telle une frêle petite feuille sur un cours d’eau, je n’avais plus qu’à me laisser porter de site de site et écouter les riches explications de notre charmante guide qui savait nous concocter un programme adapté aux attentes de notre petit groupe familiale ainsi réuni en Asie Centrale. La seule contrainte, s’il fallait en trouver une, peut être serait-elle d’avoir à accommoder son appétit avec le planning des visites mais nous – surtout mon père et moi d’ailleurs – savions faire preuve d’une certaine flexibilité à cet égard…

 

À Boukhara, oasis perdue dans le désert de Kyzylkoum où nous déambulâmes en famille pendant deux jours de douce oisiveté, je retrouvai par hasard Vitaly, croisé à Ashghabat 4 jours plutôt. Il se joint à nous pour diner sur la charmante place de Lyab-i-Haouz, construite autour de son petit bassin à l’ombre de mûriers centenaires, qui vous transporte deux cents ans en arrière et offre un cadre parfait pour se relaxer autour d’un thé en fin de journée.

 

Stitched Panorama

 

Deux jours plus tard, nous partîmes pour Samarcande, l’une des villes les plus anciennes d’Asie Centrale, au carrefour des routes de la Soie vers la Chine, l’Inde et la Perse. Rayée de la carte par Gengis Khan en 1220, elle avait retrouvé son éclat sous les Timourides et offre aujourd’hui à ses visiteurs un spectacle grandiose avec la centaine de coupoles et minarets de ses sublimes madrasas. À elle seule, la place du Registan, avec sa profusion de faïence et de mosaïque bleue, aurait suffit à justifier le prestige dont jouit la ville dans toutes les légendes de la route de la Soie.

 

Finalement, ces cinq jours avec mes parents m’avaient offert comme un bref retour à la maison. Ma mère était toujours aussi attentive à ma santé et continuait à avoir des problèmes informatiques et mon père aimait toujours autant lier découvertes historiques et gastronomiques.

 

Un matin, ils partirent pour Tashkent et je restai là deux jours de plus, quelque peu contraint par mon estomac qui, probablement trompé par le confort du cocon familiale qui m’avait entouré pendant ces quelques jours, avait relâché sa garde… J’en profitai alors pour travailler mon itinéraire et m’organiser un petit trekking dans les Fansky Gory, de l’autre côté de la frontière, au Tadjikistan….

 

A suivre…

 


En route pour l’Ouzbékistan

Posted: July 16th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 04 - Turkmenistan, 05 - Ouzbékistan | | Comments Off

Dans une station service en plein désert

 

2009_05_27 TurkToOuzb-01 Voilà plus de 300 kilomètres que je n’avais vu l’ombre d’une station service. Celle-ci était sorti de terre il y a peu et on pouvait encore sentir les effluves de peinture fraiche se lier avec les relents du piètre carburant vendu ici. Elle avait été construite à l’entrée d’une ville nouvelle, elle-même fraichement bâtie suivant un plan parfaitement géométrique. Toutes les rues formaient des angles droits entre elles, et la quinzaine de bâtiments à l’allure soviétique affichaient fièrement leur éclatante blancheur. Cette oasis dessinée à la règle avait été construite à l’endroit où la route se sépare en deux. Une section continue vers le nord, tandis qu’une autre repique vers l’est. Je n’avais plus de manat, la monnaie locale et espérais payer mon plein avec quelques euros. Le pompiste semblait amusé par mes billets aux couleurs vives mais malheureusement, à ses yeux, seul un billet vert aurait pu avoir de la valeur. Par chance, la bourgade avait une banque susceptible de faire du change. Logée dans un de ces nouveaux bâtiments rutilants et criards, elle comptait une petite dizaine d’employés pas follement épris de travail. Une fois passé la grande porte vitrée, tous vinrent me saluer. A l’évidence, les attractions étant rare dans le coin. Le directeur de l’agence m’invita à m’installer dans une petite salle où l’on m’apporta thé, gâteaux et biscuits. Tous me regardaient là me sustenter dans mon déguisement de cosmonaute. Finalement, un employé eut la délicatesse de changer mon billet de 10 euros mais cela était bien accessoire. Après une dernière photo au pied du bâtiment, tous me saluèrent en me voyant retourner à la station service faire mon plein….

 

Au poste frontière de Dashoguz en début d’après-midi

 

Mais quel imbécile j’étais ! Pour retrouver mes parents à Bouckara, j’avais avancé la date de mon entrée en Ouzbékistan d’un jour, sans penser à vérifier quelles étaient les dates de mon visa ouzbek. Et me voilà sur le pont entre les deux postes frontières avec chacun des deux pays refusant, légitimement, de me laisser rentrer. Mon visa ouzbek commençait le lendemain et j’étais malheureusement sorti du territoire turkmène pour lequel mon visa ne comportait qu’une entrée… J’étais là, impuissant, enfermé entre deux grilles, sur un pont d’une vingtaine de mètres, des militaires de chaque côté m’observant comme on observe un animal au zoo. Les deux plus gradés de chaque camp se renvoyaient violemment au travers les grilles la responsabilité pour cette situation. Je ne comprenais rien à ce qu’ils disaient mais cela ne me laissait rien espérer de bon… J’avais toujours ma tente que je pouvais planter là sur ce pont, en attendant la réouverture des frontières le lendemain mais la solution, à part pour le souvenir, n’était guère enthousiasmant. Après une vingtaine de minutes de débat houleux, les militaires de chaque camp posèrent les cadenas sur les grilles, embarquèrent dans leur jeep kaki et partirent chacun de leur côté. La frontière venait de fermer, avec moi au milieu…

 

Comment se prépare-t-on à passer une nuit sur un pont ? Finalement, je n’ai pas eu le temps de trouver la réponse. La jeep turkmène est rapidement réapparue pour me rouvrir la grille et me conduire au premier poste frontière. Le colonel turkmène en poste avait accepté de m’accorder la possibilité de retourner à Dashoguz, la ville frontière, pour la nuit avec l’obligation de me représenter le lendemain à la frontière. Soulagement…

 

De retour en ville, il me manquait 3 manats pour pouvoir m’offrir une chambre dans le plus économique des hôtels, le flamboyant Hotel Dashogus. A l’accueil de ce vestige de l’ère soviétique, une vieille dame avec deux gros yeux bleus gouteux, un brushing boursouflé et qui avait eu ce matin là, comme probablement les précédents, la main un peu lourde sur le maquillage… Malgré tous mes efforts pour lui inspirer un peu de pitié, elle refusa de me faire don des 3 manats. Je devais donc trouver de quoi changer quelques euros dans ce bled alors qu’il était déjà presque 20 heures. Pendant que je vadrouillai dans la ville, je rencontrai deux jeunes turkmènes au volant de leur Opel Astra quelque peu personnalisée. Grâce à eux, je pu trouver un de ces changeurs de rue qui vous offre un taux des plus déplorables, mais qui ont l’avantage d’être encore ouvert quand les banques ferment leurs portes, et qui surtout acceptent toutes sortes de monnaie. Une fois l’opération de change effectuée, mes deux nouveaux amis me proposèrent de me joindre à eux pour diner. Et voilà comment une heure plus tard, je me retrouvai assis dans une salle enfumée, éclairée au spotlight, de la house music russe pour ambiance musicale, entouré de trois jeunes filles turkmènes d’un côté, trois jeunes garçons turkmènes de l’autre, à déguster quelques brochettes. De façon surprenante, les garçons, conducteur oblige, buvaient le thé pendant les filles se désaltéraient à la vodka, une cigarette au bec… Je n’ai pas su comment la soirée s’était terminée pour ce petit groupe, étant retourné, écrasé de fatigue, à mon hôtel après le désert, mais la vodka aidant, cela semblait bien parti pour être torride…

 

De retour au poste frontière de Dashoguz, le lendemain matin

 

2009_05_27 TurkToOuzb-05 Cette fois-ci, c’était la bonne. Après deux heures de paperasserie et le passage de deux bacs de désinfection étonnamment profond, j’étais enfin rentré en Ouzbékistan. Les premiers kilomètres me font découvrir un paysage étonnamment vert et boisé. Je croise par centaine des petits villages débordant de vie, avec ces jeunes enfants s’amusant au bord des routes, ces jeunes filles aux robes colorées marchant main dans la main, ces femmes portant des sacs entier de pains, et ces réunion d’aksakals, vieillards vénérés à la barbe blanche, assis sur des bancs face à la route. Malheureusement, je n’avais pas le temps de m’arrêter, pas même pour déjeuner, si je voulais épargner à mes chers parents des longues minutes d’angoisse. Les pauvres s’attendaient à me retrouver ce matin à l’hôtel de Boukara, à l’autre bord du désert de Kyzyl Koum et la découverte de mon absence allait probablement les jeter dans un certain tourment. Petit à petit, le paysage s’agrandit et la végétation devient de plus en plus éparse. Aux portes du désert, je trouve une dernière station service. Ma moto indiquait avoir encore un peu plus de 400 kilomètres d’autonomie, soit la distance qui me séparait de Boukara. Pour m’éviter une panne sèche en plein désert, je préférais prendre une petite marge de sécurité. Le seul souci était que je n’avais pas encore eu le temps de changer quelques euros pour des sums ouzbeck et le pompiste, comme le précédent au Turkménistan, ne prêtait pas grand intérêt à mes billets colorés. Par chance, un des hommes présents, peut être un collectionneur, accepta deux pièces de deux euros contre un bidon de 5 litres, soit de quoi parcourir près de 100 km supplémentaires. Ca suffirait.

 

2009_05_27 TurkToOuzb-06

 

La traversée des 400 kilomètres du désert de Kyzyl Koum me fit atteindre un nouveau record de température. En plein milieu de ces immenses plaines désertiques, le thermomètre atteint 46 C°. Sous le casque, j’étais passé en mode automatique. Sans réfléchir, j’avalais les kilomètres. Tout autour, un vaste paysage désolé.

 

Vers 18 heures, j’étais entre les murs de la ville et quelques minutes plus tard, j’aperçu le visage heureux et soulagé de mes chers parents.

 

A suivre….