Pamir Highway – Part II

Posted: August 16th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | 1 Comment »

 Village de Boulounkoul

Stitched Panorama J’étais parti au levé du jour découvrir le lac Yashi Kul, à deux heures de marche du village de Boulounkoul. Quand je quittai la maison, la famille qui m’hébergeait était en grande partie réveillée. La jeune mère, belle comme une bohémienne avec ses longs cheveux noirs enveloppés dans un foulard couleur sang qui lui tombaient jusqu’au creux du dos, s’activait à rallumer le poêle. La grand mère, avec son visage ridé par la rudesse de la vie dans ces contrées et ses surprenant yeux bleus qui avaient gardé toute leur jeunesse, rangeait les vêtements éparpillés des enfants qui encore emmitouflés sous des kilos de couvertures commençaient doucement à éclore. Seul monsieur dont je n’ai jamais vu le visage ou entendu la voix dormait profondément, une bouteille de vodka au pied du lit qui après un long tête à tête avait semble-t-il eu le dernier mot…

Stitched Panorama En découvrant le lac derrière le col, j’avais l’impression d’être projeté dans la récit de la Création. Le paysage ici était toujours intact, tel que Dieu l’aurait créé. Pas un signe de civilisation pour perturber ce superbe spectacle. Le lac était entouré de somptueuses montagnes couleur ocre et ses eaux turquoises réfléchissaient de magnifiques sommets enneigés. Sur la rive ouest du lac, une source thermale jaillissait et offrait à ses visiteurs une petite piscine naturelle d’eau chaude. Je me mis alors nu pour profiter des bienfaits de la source. Dans ce costume d’Adam, totalement seul, je revivais la Genèse. Cela valait bien une photo… 

2009_06_14 RoadtoMourghab-03 De retour au village, je mangeai d’une traite le bon petit déjeuner préparer par mes hôtes avant de reprendre la route pour Mourghab. Je retrouvais alors les somptueux paysages lunaires pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Après un dernier col, la route redescend doucement vers Mourghab et la végétation réapparait petit à petit. Malgré le froid, je croise quelques valeureux paysans qui courent d’un pâturage à l’autre sur une vieille moto soviétique surveiller leurs bêtes. Juste avant l’entrée de la ville, alors que je m’étais arrêté pour photographier le paysage, une charmante petite famille en moto et side-car vint me saluer. Avec beaucoup de rires, elle se prêta volontiers une séance photo improvisée au bord de la route. Je n’ai pas bien compris qui était qui mais il y avait beaucoup de complicité dans l’air. Je me dis alors qu’il fallait au moins cela de chaleur humaine pour compenser le vent glacial qui souffle dans ces vallées.

Poste de contrôle à l’entrée de la ville de Mourghab

Pas un fortin à l’horizon, juste une petite barrière de bois et une vielle baraque blanche défraichie, apparemment vide. Avant de contourner la barrière, je décide de tout de même d’y jeter un coup d’œil de plus près. Derrière la porte close, une salle vide de toute fourniture et pas un bruit. Il n’y avait donc bien personne. Alors que j’étais sur le point de redémarrer, un soldat sorti de je ne sais où m’interpelle et m’ordonne de lui présenter mon passeport. Je m’exécute et après un rapide contrôle, il me demande de le suivre dans la petite maison. Depuis la salle vide, il ouvrit une porte qui donnait sur un obscur couloir au fond duquel une autre porte cachait une petite salle remplie de soldats avachis sur des vieux canapés entassés entrain de regarder un film de mœurs légères. Pendant qu’un des soldats sortit le registre, un autre pointa du doigt l’écran de télévision et me dit avec un grand sourire : « American girls !! ». A l’évidence, ici, l’Amérique faisait donc toujours rêver…

Bazar de Mourghab

2009_06_15 Mourghab-04 Sur un long terrain vague, deux longues colonnes de conteneurs tenaient lieu de bazar. Dans chacun d’entre d’eux, toutes sortes de denrées plus ou moins rares que l’on venait chercher ici parfois après plus de 100 kilomètres de route. Déambulant d’un conteneur à l’autre, des fiers kirghizes aux yeux bridés reconnaissables à leur hauts chapeaux noir et blanc faisaient leur marché dans une ambiance bon enfant sous une fouetté du nuages blancs. Je m’y baladais avec un Belge et un Autrichien rencontrés à la guesthouse où j’avais posé mes valises. Le premier visitait le pays depuis 3 mois, à son rythme. Le second y était arrivé comme moi en moto et comptait y passer 1 mois pour y réaliser un reportage photo – le bienheureux avait bien vendu sa société il y a 2 ans de cela et s’offrait une nouvelle carrière de photographe. On a vite compris que notre trio représentait la seule présence touristique du village. Les enfants s’amusaient de nos visages étranges et les anciens nous souriaient avec bienveillance. Sur notre liste de course, de quoi se préparer un bon déjeuner avec des légumes frais mais aussi un peu d’essence. Et où trouve-t-on de l’essence dans un village où il n’y a pas de station service ? Au bazar justement, où certains vendeurs vous proposent de vous remplir vos bidons avec une essence dont il faut prier qu’elle n’ait pas été coupé à l’eau, du moins au delà du raisonnable. Après un sympathique déjeuner où chacun avait mis la main à la pâte, je partis pour le lac de Karakol.

A suivre

 


La Pamir Highway – part I

Posted: August 5th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | 1 Comment »

Malgré les charmes du Pamir Lodge, il n’avait pas été difficile de quitter Khorog ce matin. L’une des plus belles routes du monde m’attendait.

Quelques kilomètres après la sortie de la ville, je tombe sur le dernier check point. Après une rapide revue de mon passeport, le gradé décida que je n’avais pas les autorisations nécessaires pour rejoindre Murghab, la seule ville de l’Est pamirie, que j’avais prévu de rejoindre dans deux jours. J’étais pourtant persuadé du contraire – lors de mon passage, le personnel de l’ambassade de France à Douchanbé les avait justement vérifiées. Alors face à cette malheureuse tentative d’extorsion, je décidai de lui tenir tête:
« Sorry Sir but I believe I do have the permit » lui répondis-je avec tout ce que j’avais d’aplomb.
« No, you don’t, your permit does not mention Murghab » me dit-il en pointant du doigt la page sur laquelle était tamponnée mon permit de passage soit-disant incomplet. Je plongeai alors mon regard dans le sien et lui dit calmement : « Sir, I know I do have the permit ».
Il ne s’attendait probablement pas à une telle résistance. Il se mit alors chercher dans mes yeux un quelconque signe de doute ou d’hésitation. Le gaillard n’avait pas une mauvaise tête. Le visage rond, la coupe fraîche, les joues nourries au plov et un peu serré sous sa chemise militaire, il semblait agir là contre sa nature. Ses 200 dollars par mois n’y étaient probablement pas étranger. Le pauvre n’avait pas la chance de se trouver affecté sur l’axe bien plus juteux des trafiquants acheminant leur cargaison en provenance d’Afghanistan jusqu’à la capitale. Lui devait se contenter des quelques rares et valeureux touristes solitaires et des camionneurs chinois novices ne comprenant rien aux autorisations et autres permis rédigés en cyrilliques qu’il essayait d’abuser. Finalement, tout cela se conclut par un « Okay, you can go » à moitié frustré mais vite suivit d’un franc sourire.

2009_06_12 Pamir1-02 Derrière le check point, la verdoyant vallée de la rivière Gunt m’attendait. Sous un magnifique ciel bleu moucheté de quelques nuages blanc, j’y croise de nombreux petits villages parsemés le long de la route, ou sur l’autre rive. J’aperçois les habitants de ces derniers jouer aux funambules sur des frêles ponts de bois suspendus qui les relient à la route. Chaque personne que je croise, quelque soit son âge, me salut chaleureusement à mon passage. Amicalement, les enfants viennent me taper dans la main, tous fascinés par mon imposante moto. Sur la route, des femmes toutes en couleur étendent de grands tapis pour les laver sur le bitume et les faire sécher au soleil. Quelques troupeaux bloquent parfois la route et je dois alors me frayer un chemin en zigzaguant entre les bêtes sous le regard amusé des bergers. Cette vallée était pleine de charme et savait réserver aux voyageurs un bien bel accueil.

Stitched Panorama

Au fur et à mesure que les kilomètres défilaient, j’approchais du col de Koitezek, à plus de 4200 mètres. J’avais laissé derrière moi le dernier village de Jalondy et petit à petit, la végétation disparaissait et de petits paquets de neige apparaissaient de-ci de -la. Bientôt, il n’y avait autour de moi qu’une terre asséchée par le froid et le vent, tachetée de névés illuminées par un soleil éclatant. Après une succession de lacets, j’atteignis enfin le plateau de col tout en courbure. J’étais alors envahi par cette étrange impression d’atteindre le toit du monde. Je ne pouvais apercevoir aucun signe de vie. Derrière le col, ce sentiment continue de grandir en moi en découvrant un véritable désert d’altitude, un paysage totalement lunaire entouré au loin de sommets enneigés. Il ne se passait rien ici sauf le temps, et l’empreinte humaine ne dépassait pas ce petit filet de bitume perdu dans cet océan de terre aride.

2009_06_14 RoadtoMourghab-01  

Au milieu de ce paysage grandiose, debout sur la moto à plus de cent à l’heure, j’avais quitté terre. A elle seule l’expérience valait les près de 10.000 kilomètres parcourus jusque là. Le voyage pouvait s’arrêter demain que la seule satisfaction d’être venu jusque ici me comblerait de bonheur.

Stitched Panorama

Après 50 kilomètres dans cette immensité, je quittai la route pour un petit chemin de terre s’enfonçant entre deux rangées de petites montagnes dressées comme des lances. Au bout de 16 kilomètres, la piste émerge et atterrit dans la belle vallée du village de Bulunkul, mon abris pour la nuit.

 A suivre…