Petite escapade dans l’ouest turc

Posted: April 27th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 02 - Turquie | | 1 Comment »

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Le voyage allait aujourd’hui vraiment commencer. Il était temps de sortir la belle de sa dormance du week-end. Une fois chargée avec tout mon attirail du parfait aventurier à tendance légèrement gadgetophile, je pris la route en direction du détroit des Dardanelles. La sortie d’Istanbul est assez agréable le long du Bosphore et de la mer de Marmara. Après avoir dépassé l’aéroport à l’ouest de la ville, la route quitte malheureusement la côte pour devenir une triste deux voies toute rectiligne traversant des enchaînement de zones industrielles. Les pancartes et autres logos publicitaires disparaissent enfin après une centaine de kilomètres et la route revient caresser la côte. A Tekirdag, je m’offre une petite pause dans une brasserie turque pour déjeuner. A ma grande surprise, un de serveurs parle un français (presque) parfait. Ce dernier avait passé quelques années en France à travailler dans la restauration et était revenu au pays pour reprendre le business familial, ici à Tekirdag. A la fin du repas, il m’apporte un dessert dont j’ai malheureusement oublié le nom, qui serait une spécialité du coin. Une sorte de fromage sucré légèrement anisé. Pas désagréable mais rapidement écœurant. La portion était généreuse et devant l’enthousiasme de mon hôte, je me forçai un peu pour finir l’assiette… 

De retour sur la route, j’avais décidé de traverser le parc national du Tekir Dagi. Ma carte IGN me laissait penser qu’une route secondaire me permettrait d’en ressortir plus à l’ouest au niveau du bled de Sarkoy (qui envisagerait soit dit en passant de légèrement modifier son nom pour accroître son tourisme…) et rejoindre la route principale. Malgré le temps nuageux, le parc était magnifique avec au nord des successions de collines jusqu’à l’horizon et au sud de menaçantes falaises d’argile le long de la mer. La route par contre s’est révélée être un simple chemin de terre quelque peu cabossé, une raison de plus pour ralentir l’allure et profiter du paysage. Pour une petite idée, voici une petite vidéo qui malheureusement ne parvient pas à recréer cette belle sensation.

 


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envoyé par soliraidasia

Une cinquantaine de kilomètres plus tard, la pluie se mit à tomber. J’atteins enfin le ville de Gallipoli à l’embouchure nord du détroit des Dardanelles sur la presqu’ile. Devant l’absence de charme du lieux, je décide de pousser un peu plus loin et d’aller chercher le gîte au village d’Eceabat, quelques kilomètres plus avant le long de la côte. Après avoir évité un camion parti en dérapage juste à l’entrée de la ville (…), je me mets à la recherche de l’hôtel Crowed House, vivement recommandé par mon Lonely. Je tombe sur ce dernier au fond d’une petite ruelle peu engageante. J’y suis accueilli par un gérant boiteux, aux airs d’Edouard Baer avec sa coupe en pétard et sa petite veste en cuir. Malgré son nom, le lieu était totalement vide, à l’exception d’un couple d’australiens et de la bande d’amis (ou hommes de main…) du gérant qui semblaient passer leur journée sur internet usant du wifi de l’hôtel.

Après une bonne nuit et un petit déjeuner turc (fromage, tomate, concombre, olive, thé, pain, beurre et miel), je consacrai la matinée à la découverte du site historique de la bataille des Dardanelles. Livrée en 1915 au cours de la première guerre mondiale, cette bataille a vu l’armée de l’empire ottoman tenir tête aux armées britanniques, australo-néozélandaise et française pendant plus de 8 mois. La presqu’île de Gallipoli a servi de théâtre d’opérations et également de dernière demeure pour plus 130.000 soldats, dont plus des 2/3 aux ordres du Sultan. A l’origine de ce qui apparu à l’époque comme un grand succès militaire pour une armée réputée en total déchéance, on trouve un certain Mustafa Kemal, alors jeune Lieutenant. Ce dernier allait devenir le fameux Atatürk, père de la république de Turquie, dont la légende commença ici, à Gallipoli. Le site ressemble un peu à nos plages de Normandie, avec ses plages, ses cimetières militaires, ses monuments aux morts et ses cars de touristes, majoritairement turcs mais également australiens. Pour ces derniers, cette bataille revêt encore aujourd’hui une importance toute symbolique dans leur culture, bien évidement militaire mais également au-delà. Le 25 avril, jour du débarquement des « Anzacs » au Cap Tekke, est devenu un jour férié en Australie, en hommage à la bravoure des ces hommes tombés sous les balles turques.

2009_04_16 Ayvalick-003.jpg Sur la route, au nord de la presque-ile, je croise une pancarte m’indiquant la présence d’un cimetière militaire français. Il s’agit du cimetière de Seddulbahir où sont enterrés tous nos valeureux soldats morts au combat sur ces vertes prairies. Curieux, je décide d’y jeter un œil. Le site, posé à flanc de colline, est totalement désert. Il présente une succession de croix métalliques noires, toutes parfaitement alignées en rangés et colonnes, sur lesquelles a été posé en leur centre une fine plaque métallique portant le nom des défunts. Quelques buissons proprement taillés viennent égayer le site. Au sommet, un monument aux morts coiffé d’une obélisque couleur craie trône sur ce lieu. Par ce temps clair, il s’y dégage une certaine sérénité, comme celle que l’on ressent en voyant les premières éclaircies à l’horizon après une tempête. En remontant les allées de ce carré français, mon regard parcourt les noms gravés sur les plaques. On y trouve des Leroy, Foucaud, Le Poing, Barthe, mais aussi Quillichini, un corse probablement, Diggo Diouf, Fana Koulibali, Tatouma Taraoré et autres nombreux noms à consonance africaine, tous « Mort(s) pour la France ». Je me fis la réflexion que dans l’esprit d’un jeune homme de ma génération, la France de 1914 n’apparait pas nécessairement aussi cosmopolite qu’elle l’était à l’époque. C’est à n’en pas douter un grand tort. Il est impératif de se souvenir du sacrifices de ces hommes qui doivent prendre toute leur juste place dans le schéma identitaire français.

En redescendant, je croise un jardinier que je n’avais pas entendu approcher, probable responsable de ce beau travail de jardinage. Souhaitant le féliciter, je m’approche de lui et le salue d’un tout naturel «  Meraba ». D’un signe de la main, j’essaye de lui faire comprendre que je trouve son travail très réussi. «  Guzel, guzel  » lui dis-je, en espérant que ne pas avoir, par une maladroite prononciation, involontairement insulter toute sa famille… Fort heureusement, il me rétorqua d’un grand sourire, «  Techeckurederim  » (Merci) et m’explique en turc, aidé de quelques gestes de la main, que le 25 avril prochain se tient une cérémonie du souvenir avec l’ambassadeur et les consuls d’Istanbul et d’Ankara accompagnés de trois cars entiers. A l’évidence, ma compréhension du turc progresse à grands pas…

En m’éloignant du cimetière au guidon de ma moto, j’avais une dernière pensée pour tous ces hommes morts si loin de chez eux et réalisais le privilège que nous avions à n’avoir jamais eu à devoir revêtir l’uniforme pour défendre notre territoire, nos valeurs, ou encore notre mode de vie. Pourvu que ça dure…

Il était temps pour moi de traverser le détroit. De retour à Eceabat, j’embarquai sur une barge qui effectuait la traversée entre Eceabat et Canakkale, de l’autre côté du détroit. A bord, je rencontra un couple de motards néerlandais qui avaient eu la bonne idée de se faire un petit périple jusqu’à Katmandou… très original me direz-vous. Monsieur, Sander de son prénom, un bon gros bébé de 33 ans, 100 kilos et 1m90 est au guidon d’une vieille (et méritante…) BMW GS, l’arrière grand-mère de la mienne. Trouvant le pari d’entreprendre un tel voyage avec un telle moto assez osé, je lui demande s’il a des talents de mécano. Pas vraiment me dit-il mais il me précise que le moteur et toute la transmission sont neufs et que plus de 7.000 euros ont été engagés pour cette rénovation. Au moins, il peut être sûr d’une chose, ce ne sera pas l’électronique qui pourra le lâcher. Peut être était-ce le bon choix… Mademoiselle, Jolyn de son prénom, petite brune charnue aux yeux bleus de 28 ans, conduit une petite moto de 250 cm3, sur laquelle a été adapté un porte bidons placé juste au dessus de la roue arrière et qui supporte deux petits bidons de 4 litres chacun, histoire d’arriver péniblement à un total de 12 litres avec le réservoir de la moto. Tout cela pour assurer une autonomie théorique de 300 km. Par contre, le système exige que tous les 100 km, Monsieur, après avoir constaté que Mademoiselle avait disparu de son rétroviseur, fasse demi-tour et la retrouve avec son tuyau de réservoir à pompe (similaire à celui que l’on trouve pour les moteurs des vieux zodiac, pour ceux qui connaissent…) et procède au transfert d’un des réservoirs latéraux vers le réservoir principal. Toute une affaire, à présent bien rodée comme j’ai pu le constater quelques kilomètres après notre débarquement à Canakkale. Nous nous étions rapidement mis d’accord pour faire un petit bout de chemin ensemble. Nous nous étions fixés comme d’objectif d’atteindre Ayvalik, petit port de pêche de près de 30,000 âmes situé juste en face de l’ile Lesbos. Je pris la tête du convoi, direction le Sud. A mi-chemin, sur une route vallonnée et pleine de virages, Jolyn disparu de nos rétroviseurs. Rien d’inquiétant à première vue, probablement une simple panne sèche. Malheureusement, nous venions de réaliser le plein de trois motos à une station service quelques kilomètres auparavant. Ainsi, en faisant demi-tour, je fus pris d’une certaine inquiétude. Sander, craignant le pire, s’empressa de rebrousser chemin, violantant quelque peu la mécanique. Quelques virages plus loin, on retrouva Jolyn debout, à première vue en un seul morceau, à côté de sa moto posée sur sa béquille au bord de la route. Son pneu arrière venait de crever… petit soulagement.

2009_04_16 Ayvalick-010.jpg Pendant que nous réparions le pneu malade sur le bord de la route, de nombreux camionneurs et motards, d’un coup de klaxon, s’enquérissaient de savoir si nous avions besoin de leur aide. Sympas ces Turcs. La réparation fut rondement menée en moins d’une heure, principalement par Sander qui fit usage pour la première fois de sa vie de son kit de réparation. Le sort voulu que cela soit la dernière roue de notre équipage qui accrocha ce clou. Belle ironie. De mon côté, j’espérai au fond de moi que cela serait la seule crevaison à laquelle j’aurai à faire pendant ce voyage. Sur cette petite 250cm3, la réparation, qui exige le démontage de la roue et du pneu, demande déjà son lot de muscles et d’efforts. Sur ma grosse 1200cm3, comme me l’a dit un des mécano de BMW, «  vaut mieux même pas essayer » … Ma bonne étoile a encore du boulot…

Arrivés à Ayvalick à l’heure où le soleil sombrait dans la mer Égée, nous nous empressâmes de partir à la recherche d’Annette, ancienne institutrice allemande à la retraite qui avait ouvert depuis plusieurs années une petite pansion dans ce petit port de pêche, vivement conseillée par le Lonely. Tous les locaux que nous interrogions avaient entendu parler de cette femme allemande, installée depuis 5, 10, 15 voire 20 ans selon les uns ou les autres (finalement, ce fut 25 ans d’après l’intéressée), mais aucun ne savait exactement où elle habitait. Heureusement, un charmant monsieur, tenancier d’une boutique de casseroles, passa un coup de fil à l’un de ses amis susceptible de nous aider. Ce dernier se présenta à la boutique et nous conduisit, nous et nos motos, à travers le labyrinthe de petites ruelles qui forment le vieux centre d’Ayvalick. Arrivés sur une petite cour au parterre pavé et irrégulier, et dominée sur un de ses côtés par une belle demeure à la façade blanche, notre guide nous fit comprendre qu’Annette habitait là.

2009_04_16 Ayvalick-035.jpg Après une bonne petite nuit dans un lit aux dimensions généreuses, je retrouvais Sander, Jolyn et la fameuse Annette pour le petit déjeuner. La veille nous avions décidé de nous offrir une petite journée reposante et de profiter de l’ambiance de ce petit port de pêche en déambulant dans son centre. Ce jeudi était jour de marché, le plus grand région, avec des étalages impressionnants de fruits, légumes, épices et autres denrées en tous genres. Qu’il était agréable de s’y balader, d’y sentir toutes les odeurs, d’y admirer toute cette profusion de couleurs. A notre contact, les locaux se sont révélés très chaleureux, probablement peu accoutumés à la présence de touristes, majoritairement concentrés sur la côte méditerranéenne. En se baladant, on croisait d’innombrable chats, profitant probablement d’une vie paisible à se partager tout les invendus de poisson fraichement pêchés dans la journée. 2009_04_16 Ayvalick-025.jpg  

Le soir, on se rendit pour diner dans un restaurant de poissons sur le port. Sur le menu, aucun prix, une seule inscription : « Le prix des poissons est négociable »… Le serveur nous invita à venir choisir notre poisson parmi un étalage fraichement pêché dans la journée. On pointa du doigt deux belles dorades que le serveur mit dans sur la balance : 2 kilos. Le serveur annonça le prix: 90 lires turcs. Un peu surpris, je décidai d’aller jeter un œil sur mon Lonely pour y retrouver les commentaires au sujet des prix des poissons ici à Ayvalick. Tarif conseillé, 15 lires les 500 grammes. A l’évidence, ce serveur nous prend pour des bleus. Avant que je puisse retourner à la table des négociations, Sander me retrouva et m’annonça fièrement : « Don’t worry, I got it at eighty ! »… Ce poisson avait intérêt à être bon… Charnu et délicieusement servi grillé avec un peu de citron et de l’huile de olive, j’en ai presque oublié nos malheureuses négociations.

Au final, ce fut une délicieuse journée.

Le lendemain matin, départ toujours vers le sud pour une dernière étape sur la côte égéenne avec la visite d’Efes avant une plongée en Anatolie centrale.

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Ps: Je sais que certains m’ont envoyé des sms. Si je ne vous ai pas répondu, c’est tout simplement que je n’ai pas pris de téléphone portable avec moi…

Ps2: Cela fait quelques jours que le compteur des dons n’a pas bougé, donc svp à votre bon cœur.

 


One Comment on “Petite escapade dans l’ouest turc”

  1. 1: MARGAUX said at 13:08 on April 28th, 2009:

    C’est trop génial,

    merci pour ces nouvelles vivantes, intéressantes et pleine d’humour.

    Enjoy et continue à nous faire partager ces moments. Nous t’embrassons bienf fort

    Les Gris