Petite pause douceur à Gaziantep

Posted: May 12th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 02 - Turquie | | Comments Off

2009_04_26 Gaziantep by night 013.jpg Arrivé en milieu d’après-midi sous un agréable soleil de printemps, je fus heureux de pouvoir rapidement sécuriser mon toit pour la nuit dans un hôtel qui certes, n’offrait pas tous les services du précédent, mais était avantageusement situé au-dessus de l’une des plus fameuses baklavaci de la ville. Profitant de cette rapide installation, je partis me balader, l’appareil à la main, sentir l’ambiance de cette petite ville de province. Après quelques minutes à déambuler dans son centre, il y semblait bon vivre, avec une douceur, un calme fort agréable. Même les mobylettes semblaient s’y mouvoir avec patience. A l’heure du diner, les ruelles se vident et je n’apercevais la présence que de quelques retardataires. La scène à ce moment là se jouait ailleurs que dans la rue et malheureusement, je n’avais pas mon billet pour y assister. 

Le lendemain, après quelques baklavas sur-vitaminés, je partis à la découverte du bazar de la ville. Là encore, c’est dans une reposante agitation que tout semble se dérouler. Qu’il est bon vivre loin des grandes villes. Finalement, après deux petites heures de marches, je suis parti me (re)poser au Papirus Café, charmant petit café étudiant offrant une dizaine de petites tables dans la cour d’une vieille demeure à la façade crépie à la chaud et au sable, posées sous l’ombrage d’un vieux chêne. J’y ai passé quelques heures à siroter d’innombrables verres de thé et à m’embaumer des fumées aromatisées des narguilés.

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Je profitai de cette ambiance pour bouquiner la seule bibliographie d’Atatürk disponible pour mon Sony Ebook, à savoir celle d’un certain Georges Daniel, un véritable exalté du personnage. A le lire, les moindres faits et gestes du sir Kemal, que cela soit ces petites aventures avec des filles de joie ou ses premières errances universitaires tiennent du plus pur des génies… Ajouté à cela que le récit des évènements de 1915 se veut extrêmement succinct sur la question arménienne est vous avez tout de même de quoi vous interroger sur l’impartialité du garçon. A déconseiller vivement…

Après cette journée de douce oisiveté, je repris la route dès le lendemain matin en direction de Savur, petit village au nord de Mardin, dans les permières collines du Kurdistan turc. Conscient que l’évolution de l’état des routes rendait de plus en plus imprévisible les temps de parcours de mes prochaines étapes, j’avais pris la décision de ne pas faire d’arrêt dans la très pieuse ville de SalinUrfa et de faire d’une traite les quelques 400 km qui me séparaient de Savur. Pour déjeuner, je fis une petite halte dans l’un de ces « buffets » à la sortie d’une ville traversée d’ouest en est par la route principale. Il s’agit d’un concept assez sympathique si l’on accepte de faire quelques entorses à ses principes d’hygiène occidentale. Après avoir commandé la viande que l’on souhaite, on s’assoit sur un tout petit tabouret autour d’une table à quelques centimètres du sol. Sur cette dernière, ont été posés différents légumes et épices. On y trouve notamment des tomates, des piments, des aubergines, du persil, du poivre, du sel et du pain turc. Chacun à pour lui une planche à découper et un couteau pour préparer la garniture qui accompagnera agréablement sa viande fraichement sorti du barbecue dans son pain. Dans la petite échoppe où je m’étais arrêté, le père qui s’occupait de cuire les viandes, était aidé de son fils de 6 ans, véritable intendant de la table et de ses provisions et malheureusement privé d’école. Avec le même torchon, celui-ci nettoyait la table, rinçait les planches à découper et faisait briller les couteaux.

2009_04_28 Salinurfa 001.jpg Au moment je terminais de déguster ma propre création, un homme d’une quarantaine d’années, portant un costume gris coupé à la turque i.e. ridiculement trop large aux épaules, entra dans la boutique et commença à discuter avec le père. A l’évidence, il n’était pas venu pour déjeuner et le ton monta assez rapidement. Ne comprenant pas l’objet de ce litige, je terminai sans trop m’en soucier mon petit verre de thé apporté par le jeune garçon. Malheureusement, les deux hommes commencèrent à sa battre violemment et il fallut la force de quatre Turcs pour les séparer. L’homme au costume, en partant, dans un dernier mouvement de colère, lança violemment son pied contre la petite table, faisant ainsi s’envoler tout ce qui y était posé. Par chance pour lui, j’avais fin mon repas… (petite plaisanterie bien sûr…). Le pauvre jeune garçon contemplait impuissant cette petite table renversée et toutes ses provisions à terre, ne sachant que faire. Pour l’aider à reprendre ses esprits, je commençai à remettre la table à sa place et réunir les provisions étendues sur le sol. Le petite garçon reprit ainsi ses esprits et m’aida dans cette tâche. A ce moment précis, je ressentais une certaine tristesse pour ce jeune garçon auquel la vie n’allait probablement pas donner toutes ses chances… C’est d’ailleurs exactement pour les enfants comme lui que les salariés et volontaires de Plan essayent d’agir au quotidien. En reprenant place sur ma moto, je vis le jeune garçon me regarder avec ses petits yeux éblouis par l’engin. Avant de redémarrer, je le pris par les épaules et l’installa au guidon de probablement la plus grosse moto sur laquelle il ne s’est jamais assis. Content mais aussi un peu perplexe de cette situation, il me remercia et parti en courant rejoindre son père pour l’aider à redonner à l’endroit son aspect accueillant.

2009_04_29 Savur 001.jpg Les derniers kilomètres avant le village de Savur traversent de charmantes petites vallées boisées aux allures de Provence. Savur est un charmant petit hameau de quelques trois cents habitants qui semble avoir été construit en colimaçon autour d’une petite colline. Une famille, héritière du prophète Mahomet y propose l’hébergement en louant quelques chambres dans leur grande demeure au sommet de la colline. J’y ai retrouvé une famille hollandaise, au départ très sympathique mais avec laquelle les contacts stoppèrent net après que je n’ai pu retenir un petit rictus quand le père me fit la description de son métier. Avec un petit accent légèrement hautin, ce dernier se présenta comme : «  the Suprem Headmaster of the Academic Council of The Netherlands ». Pour ma défense, vous admettrez que la description tenait plus d’un personnage de Star Wars que d’un recteur d’académie…

 

Après une bonne petite nuit, j’allais le lendemain m’attaquer à la traversé du cœur montagneux du Kurdistan. A suivre.

 

 


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