L’arrivée sur Téhéran

Posted: June 11th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 03 - Iran | | Comments Off

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J’arrivai à Téhéran après deux heures de routes. La première chose qui me surprit était l’étonnante tranquillité ambiante. Alors que je m’attendais à une étouffante furie urbaine, je croisais de larges avenues boisées seulement parcouru par un léger trafic dominicain. Quelle bonne idée j’avais eu d’arriver un vendredi. L’autre chose qui me surprit était l’étonnante verdure qui recouvre toute la ville. Les rues semblaient toutes bordées d’arbustes et de parcs verdoyants semés par centaines. Après avoir trouvé dans le quartier du bazar une chambre dans un de ces vieux hôtels construits avant la révolution, et dont la splendeur avait depuis été bien ternie, j’avais rendez-vous pour le thé chez une cousine d’un proche ami iranien de la famille.

Madame Sheikholeslami habitait au nord de la ville, dans les quartiers chic du nord de Téhéran, proche de la place Vanak. Du bazar au sud, de larges avenues boisées y grimpent en pente douce et continuent jusqu’au pied des pieds de montagnes de l’Alborz qui dominent au nord toute la ville. Madame Sheikholeslami m’accueillit dans son beau duplex au dernier étage d’un grand et bel immeuble offrant de chaque côté une vue imprenable sur Téhéran. Avec mon apparence quelque peu rustique – ma nuit sur le sol au pied du lit de Terry n’avait d’ailleurs rien fait pour l’améliorer -, j’étais quelque gêné dans cet espace élégamment meublé et richement décoré. Mais Madame Sheikholeslami ne semblait pas tout embarrassée de mon apparence et m’interrogea avec beaucoup de curiosité toute l’après-midi sur mon voyage, ma famille, son cousin (qu’elle n’avait pas vu depuis plusieurs dizaine d’années),… Finalement, le thé se poursuivie par une invitation à diner avec Monsieur Sheikholeslami et leur nièce Asphan que Madame Sheikholeslami souhaitait me présenter.

Asphan était une jeune iranienne de 27 ans, tombée amoureuse de l’Italie il y a bien longtemps et parlant ainsi un parfait italien. Sa vie était la-bas à présent mais pour des tristes questions de visas, elle était contrainte de revenir en Iran tous les deux ou trois ans. Elle en profitait pour revoir la famille. Et par une belle coïncidence, Asphan était de retour à Téhéran lors mon arrivée.

Au cours du diner, M. Sheikholeslami m’offre un cours passionnant d’histoire et de sciences politiques iraniennes. Les élections approchant, il me fit part de son opinion sur les différents candidats en lisse pour le poste de président. A ma grande surprise, selon lui, le candidat le plus à même d’amener l’Iran vers une situation pacifié avec l’occident était l’actuel président. Certes, à premières vues, les qualités personnelles et les opinions de ce dernier n’ont rien de réjouissant mais il serait le seul parmi tous les candidats à pouvoir recevoir le support du conseil des gardiens de la constitution et du guide de la révolution, le fameux Ali Khamenei, seuls véritables détenteurs du pouvoir exécutif en Iran. Sans leur appui, le président n’a pratiquement aucun pouvoir pour engager de quelconques réformes. Je dois admettre qu’au vu des récents coups d’éclat d’Ahmadinejad, j’étais quelque peu attristé par l’idée que ce dernier pourrait représenter la meilleure chance de progrès pour l’Iran…

Au cours de trois jours suivant, j’alternai entre mes ballades en solitaires dans le sud (avec notamment la visite du bazar, la découverte de l’ancienne ambassade américaine, etc…) et mes rencontres avec Asphan qui me faisait découvrir les charmants jardins et cafés du nord. Malheureusement, j’ai alors aussi découvert le vrai visage du trafic de Téhéran : entre son réseau d’autoroutes qui quadrille la ville et ses avenues totalement embouteillées du matin au soir, Téhéran illustre bien les méfaits d’une politique d’urbanisation totalement incontrôlée.

A la « maison » – M. Sheikholeslami m’ayant proposé de m’héberger à l’issue de notre premier diner – qu’il était bon de pouvoir commencer chaque journée par un simple bol de céréales. En voyage, le petit déjeuner est probablement le repas qui me manquait le plus et qui me posais souvent le plus de problème à trouver. Là, je n’avais qu’à ouvrir le frigo et remplir un bon gros bol de céréales… comme à la maison….

Après ces quelques jours de confort, il était temps pour moi de partir découvrir le sud et emprunter de nouveau la route des touristes. Mais cette fois, j’avais décidé d’offrir quelques jours de repos à ma fidèle compagne de voyage et d’user du riche réseau de bus iranien. Première destination: Ispahan.

Ispahan, à 4h30 du matin

Le bus avait fait plus vite que prévu. Avec deux heures de sommeil, me voici sur le parking du terminal de bus d’Ispahan à 4h30 du matin, mon sac polochon sur l’épaule, en train d’essayer de trouver une place dans l’un de ces taxis partagés (dont j’avais pris l’habitude d’utiliser à Téhéran) en direction du centre. La ville était encore dans ses rêves et une lune lumineuse confondait sa lumière avec celle de nombreux réverbères semés toute du long de Chahar Bagh, la principale artère de la ville. L’avenue était totalement le vide, à l’exception d’un unique camion courant à vive allure, avec sur sa remorque une belle et luxueuse voiture allemande… d’où venait-il ? Ou allait-il ?…

Arrivé à l’Amir Kabir Hostel, de deux petits coups sur la vitre de la porte en métal forgé, je réveillai le pauvre gardien, avachi sur un gros et vieux fauteuil de cuir. Après avoir enfin retrouvé ses lunettes, il m’ouvrit la porte et après l’enregistrement de mon passeport, me conduit jusqu’à mon dortoir. Tous les lits étaient occupés à l’exception d’un seul au fond de la chambre. La chambrée semblait dormir profondément. Il ne me restait plus qu’à en faire autant…

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Vers 9h, d’un œil mi-clos, je découvrais mes compagnons de chambrée : une jeune fille finlandaise, un jeune brésilien, un belge flamand et un français, Gauthier. Après de rapides présentations, on décida de partir à la recherche d’un petit déjeuner. Attablé dans une petite échoppe servant une sorte de soupe et du pain, chacun se présente. Le brésilien, Marcelo, parti depuis Istambul, était en route vers le Pakistan où il espérait trouver de beaux tissus à importer dans son pays ; Tom le belge, visitait l’Iran pendant 3 semaines ; Gauthier, après être arrivé à Téhéran de France à pieds (!), avait décidé de se reposer un peu et visiter le sud de l’Iran par bus. La Finlandaise nous avait quittés pour des sombres histoires d’horaires de bus, probablement effrayée sans vouloir l’avouer par tant de testostérone… On se balada tout le reste de la journée à la découverte des merveilles de la ville: la mosquée Jameh, le bazar, la place et la mosquée de l’Imâm, les palais et palais safavides… Malgré le tourisme, la ville n’a pas perdu de son charme et le long de la Chahar Bagh, la vie semblait se distiller avec douceur.

Shiraz, 7h du matin

2009_05_15 Shiraz-01 Après deux jours à Ispahan, j’avais repris le bus de nuit en direction de Shiraz. Arrivé vers 7h du matin, je pouvais déjà sentir les rayons du soleil chauffé sur mon dos en marchant le long de large avenue Karim Khan-e Zand à la recherche d’un hôtel. La journée promettait d’être chaude. Après un premier essai infructueux (ou plus exactement hors budget…), je retrouvai Gauthier et Marcelo à la réception de mon deuxième essai. Qu’il était sympathique de recroiser ces amitiés d’un jour qui se nouent au cours de ces longs voyages. Marcelo et Gauthier étaient partis pour Tabriz le soir de mon arrivé à Ispahan et je les retrouvai là, par un hasard, probablement aidé par le fait que nous avions les mêmes lectures. Alors que Marcelo devait aller prendre le bus pour Kerman, Gauthier décida de rester avec moi deux jours plus à Shiraz. Il était vendredi et tout était fermé. Il nous restait plus qu’à déambuler dans la ville et chercher un peu des fraicheurs dans l’un de ses nombreux parcs. En soit, Shiraz n’a pas le charme d’Ispahan. Ses avenues y sont trop larges et chaotiques. D’ailleurs, s’il n’était pas le point de départ des excursions vers le site de Persepolis, elle ne serait probablement par sur la route de tous les tours-opérateurs. Mais ce serait alors oublier la gentillesse de sa population. Dans le parc où nous nous étions posés, les familles nous invitaient à partager le thé ; dans la rue, des jeunes nous invitaient à se joindre eux dans une tchaikhane aux fenêtres couvertes de papier journaux pour fumer le qhelyan posés sur ces cousins autour d’une petite table délicieusement crasseuse ; ou encore, cette jeune fille aux yeux vert émeraude, Foruzan, qui nous invita à l’accompagner visiter le mausolée d’Hafez. Hafez est un des poètes et mystiques persans le plus aimé d’Iran. Né au XIVème siècle à Shiraz, son mausolée est au milieu d’un magnifique jardin persan et attire encore aujourd’hui de nombreuses personnes, pèlerins ou simples amoureux de poésie, venus lui rendre hommage. En parcourant un de ces recueils dans la bibliothèque à côté du tombeau, je tombai sur cette ghazal que Nicolas Bouvier, dans son périple en Iran, avait inscrit sur la portière de gauche de sa Topolina :

Même si l’abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain
sache qu’il n’existe pas
de chemin sans terme
Ne sois pas triste.

J’essayerai de m’en souvenir dans les moments difficiles…

Le lendemain, je m’étais organisé une excursion au site de Persepolis.

A suivre…


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