L’Iran, la suite

Posted: June 14th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 03 - Iran | | Comments Off

Route de Persepolis

Dans le petit bus qui nous amenait au site de Persepolis, tous parlaient persan. J’étais le seul étranger et je faisais l’objet de toutes les attentions. En famille ou entre amis, ils venaient découvrir ou redécouvrir ce site symbole de la dynastie achéménide. 

Construite sur les premières hauteurs du Mont Rahmat, la Cité royale du premier empire de Perse était surtout utilisée pour les grands rassemblements des différents délégués de toutes la nation de l’empire réunies autour du Roi des Rois. Mise à terre par Alexandre le Grand lors de son passage en 330 av. J.-C., elle ne ressemble aujourd’hui plus qu’à un grand chantier de pierres. Mais il demeure toutefois de la cité impériale la volée monumentale de marches qui mène à la terrasse du palais d’Apadana dont les murs d’aplomb sont couverts de bas-reliefs à l’étonnante précision et aux riches détails. Des anciennes salles hypostyles (dont un palais aux 100 colonnes), il ne reste aujourd’hui que de gigantesques damiers où chaque colonnes écrasées par la chaleurs aride et sec du lieu a pris des airs de simple pion. Le site garde malgré tout une certaine majesté.

Sur la route de retour, notre petit bus fit un bref arrêt au site de Naqsh-e Rostam pour nous faire découvrir les somptueuses chambres funéraires construites dans la roche d’énormes falaises de quelques rois achéménides dont le fameux Darius Ier. 

Terminal de bus de Shiraz

Gauthier avait pris le bus pour Téhéran en début d’après-midi et nous avions juste eu le temps de se faire un dernier adieu à mon retour de Perspolis. J’avais prévu pour ma part de prendre le bus pour Yazd qui partait en fin de soirée. Après une après-midi consacrée à une recherche infructueuse d’une piscine où j’espérais pouvoir me dépenser un peu, je finis par me poser ici dans les petits jardins du terminal de bus. Autour de moi, une sorte de mini-cité vivante et criante. Les terminaux de bus en Iran sont bien plus que de simples halls d’attente. On y trouve naturellement les salles remplies de comptoirs des différentes compagnies de bus mais aussi des magasins, des restaurants, des coiffeurs, des pharmacies, parfois même un petit commissariat. A chaque départ de bus, un homme se tenant à debout à la porte du car criera la destination du bus pour essayer de récupérer les quelques retardataires qui n’auront d’autres choix que de sauter dans le bus en marche. Des familles entières arrivent avec des tonnes de sacs et attendent assis, parfois à même le sol. Dans cette ambiance pleine de vie, j’essayais de rattraper mon retard de rédaction, le portable sur les genoux en grignotant de fraiches rondelles d’ananas. Aussi inattendu qu’exceptionnel, le terminal de bus avait un réseau internet sans-fil d’une vitesse fulgurante et qui semblaient ne pas connaître les restrictions d’accès que l’on rencontre dans les traditionnels cafés internet. Heureuse surprise qui me permit d’attendre agréablement le départ de mon bus dans lequel j’allais passer une nouvelle nuit.

Yazd, 4h30 du matin

Le bus avait de nouveau fait plus vite que prévu. Isolé sur un des bancs en face du parking à l’abri de rabatteurs, je cherche dans mon lonely la meilleure façon de rejoindre un hôtel. Un peu vasouillard, je décide de tenter ma chance avec un des chauffeurs de taxi au visage rond et rassurant. Celui-ci m’indique d’aller payer la course auprès d’une régisseuse tenant boutique au fond du parking. Après lui avoir indiquer ma destination, celui-ci me présente un tableau avec un prix qui semblait raisonnable : 70 centimes d’euros. Si cela pouvait être si simple à chaque fois…

Après une course à travers une ville totalement éteinte, mon taxi me dépose dans une petite ruelle aux murs de terre. Mon hôtel, le réputé Silk Road hotel, se trouvait à deux croisements de là, au cœur de la veille ville, inaccessible en voiture. En suivant les quelques inscriptions peintes à même le mur, je trouve pour toute entrée une petite porte dérobé imposant la courbure de son passant. Celle-ci était entrouverte. Derrière elle, un jeune employé de l’hôtel m’invite à rentrer. Après l’enregistrement, je le suis à travers la petite cour carré de l’hôtel éclairée par les premières lumières de l’aube. Le dortoir était au sous-sol, j’allais pouvoir commencer ma deuxième nuit.

Silk Road Hotel, Yazd, 10h du matin

2009_05_18 Yazd-02 Attablé dans la cour pour le petit déjeuner, je découvre les autres occupants de l’hôtel. Quelques têtes sont familières : Anna et Andreas, un jeune couple allemand descendu au volant de leur volvo break de Berlin et rencontré 2 semaines plutôt à Tabriz en sont déjà à leur troisième cigarette ; François et Agnès de Lille, rencontrés à Téhéran dans le hall de mon hôtel étaient arrivés la veille. Deux autres jeunes français sont là aussi. Ailred et Sylvain venaient d’arriver du Pakistan qu’ils avaient traversé après être parti d’Inde au volant d’un triporteur indien. Ils devaient faire parcourir à ce petit engin à trois roues les quelques 10.000 kilomètres qui séparent Calcutta de Paris. Le courant est vite passé et on décida de partir tous les trois à la découverte du cœur de Yazd.

Avec son labyrinthe de petites ruelles en mur de terre, ces petites galeries voutées et ses tours à vents semés entre les toits, le vieux Yazd vous projette 500 ans en arrière, à l’époque où cette cité du désert était encore au centre du commerce de la soie et refuge pour tous les caravaniers. La nouvelle ville n’est pas également dénuée de charme avec ces belles avenues longées d’arbustes et ses charmantes petites places. L’après-midi, mes deux camarades m’offrirent un petit tour dans leur engin. Assis à coté de Ailred dans la cabine, je suis assez épaté par leur aventure. La machine vibre, fait un vacarme d’enfer et ne dépasse pas les 45 km/h… mais elle avance avec une certaine assurance quelque soit le terrain. A l’arrière, un petit entrepôt dans lequel Sylvain s’était installé leur permettra de transporter facilement toute marchandise ou plutôt souvenirs tout au long de leur périple. Arrivés à la périphérie de la ville, on découvre les « tours du silence » sur les toits desquelles les Zoroastriens, encore nombreux dans la ville, offraient autrefois leurs morts aux charognards et évitaient ainsi que leurs dépouilles ne viennent souiller ni la terre ni le feu.

Le lendemain, avec mon petit couple de Lille, nous nous sommes offert une excursion dans les environs de Yazd. Paysages désertiques, ville fantôme, temple zoroastrien, magnifiques caravansérails restaurés, un classique itinéraire du parfait touriste.

Lors de notre retour en ville, une petite manifestation avait commencé à s’organiser. Rapidement, on comprit qu’elle en était la cause. Un car fit son entrer avec à son bord le fameux Moussavi. Quelle belle coïncidence. J’avais eu la chance par le plus grand des hasards d’assister à l’arrivée du président-candidat (et futur président…) Ahmaninedjad et voilà que j’avais droit de voir le deuxième plus sérieux candidat. Une foule compacte s’était rassemblée autour du car chantant à tue-tête le nom de Moussavi. Chacun était armé de son portable pour immortaliser l’évènement. A voir leur visage, je comprenais qu’il représentait pour eux un vital espoir de changement. L’ambiance était électrique.

De retour à l’hôtel, nous avions juste le temps de faire nos sacs et de partir en direction de la gare pour prendre notre train de nuit pour Téhéran.

 Wagon 16, cabine 8 du train pour Téhéran, 22h

2009_05_18 Yazd-18  En plus de notre petit groupe de français, une famille iranienne était là avec leur petite fille de 6 ans. Nous leur avions laissé les lits du bas et commencions à nous préparer pour la nuit. La jeune mère était toute enveloppée dans sa burqa noire. Seul son visage inondé de peine et marqué par une vie d’abandon et d’abnégation laissait apparaître une peau calleuse et des yeux bleus dont la lumière s’était depuis longtemps éteint. Jamais elle n’osa nous regarder. Son mari, un jeune homme d’une trentaine d’années, était par contre plein d’affection et d’attention pour leur petite fille, assise sur ses genoux. Mais jamais il n’adressait un regard à sa femme qui semblait reléguée à un simple rôle d’intendante de la jeune fille. Il m’était assez dur d’accepter ce spectacle ayant une saveur amère. Plein d’amertume, j’essayais de trouver le sommeil en me laissant bercer par le bruit des rails.

Gorgan, trois jours plus tard

Après deux jours à Téhéran où j’avais retrouvé un peu de vie de famille, j’avais repris la route au guidon de ma fidèle en direction de la frontière turkmène. La route pour Gorgan, malgré ses longs paysages montagneux, n’avait pas grand charme. Mais un macabre spectacle allait marquer pour longtemps cette route dans ma mémoire. A la sortie d’un village, une petite file de voiture s’était formée sans apparente raison. En la remontant prudemment, je vis un groupe d’homme attroupé au bout de la file. A leur pied, le corps d’un vieil homme, ventre à terre et le visage noyé dans une flaque de sang. Au guidon de sa moto, cet homme venait heurter de plein fouet l’arrière d’une voiture dont la déformation témoignait de la violence du choc. Son corps était totalement immobile. La mort n’avait probablement pas attendu longtemps pour envahir la chair.

Assis dans la chambre de mon hôtel, j’avais une pensée pour les proches de cet homme. Nous avons tous en mémoires ces instants où tout bascule. On vous apprend la triste nouvelle et vous devez faire face à la réalité. Jusque là, s’il y avait eu quelques signes annonciateurs semé ici et là, on les aura volontairement ignoré pour se laisser habiter par l’espoir. Mais alors un simple regard peut suffire pour le faire s’évaporer et c’est alors la tristesse qui vous empare. Heureusement, la religion est là pour nous refaire espérer.

Le lendemain, malgré la rumeur d’une fermeture de la frontière, j’allais tenter de rentrer au Turkménistan.

A suivre…


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