Premiers jours au Turkménistan

Posted: July 5th, 2009 | Author: Baz | Filed under: 04 - Turkmenistan | | Comments Off

Charlouk, Turkménistan

 

La nuit commençait doucement à prendre ses quartiers quand je fis mon entrée dans Charlouk. Ce petit patelin au milieu du désert de Gasan-Kuli s’étendait sur une centaine de mètres avec des petites maisons étonnamment assez coquettes, qui donnaient à l’ensemble une certaine chaleur malgré le vide qui l’entourait tout autour.

 

Huit heures plutôt, j’étais arrivé au poste frontière. Côté iranien, un peu de désorganisation mais avec patience, j’avais pu collecter tous les tampons dans une sorte de chasse au trésor, allant de bâtiment en bâtiment, d’agents en agents…  Côté turkmène, que de surprises. La première, la frontière était ouverte -  j’avais entendu des rumeurs comme quoi, en raison d’un reportage sur CNN sur la pandémie de grippe porcine, les autorités turkmènes auraient décidé de fermer les frontières. Heureusement, il n’en était rien ici à Gudurolom. Deuxième surprise, le bâtiment des douanes. Un somptueux immeuble de trois étages tout neuf, bien meublé et avec un personnel des plus courtois et pour les femmes, des plus élégantes. Elles portent une longue et belle robe verte qui épouse avantageusement leurs formes, et leurs longs cheveux bruns sont coiffés en chignon leur donnant des petits airs d’hôtesse de l’air. En venant d’Iran, le contraste est saisissant voire perturbant… Enfin, les différents services (contrôle de passeport, des documents de la moto, la banque pour payer les différents droits d’entrée, etc…) s’enchainaient les un après les autres dans une remarquable efficacité. Je pensais alors que toute la procédure serait vite réglée. Grave erreur. Le contrôle du carnet de passage en douane était submergé de dossier de camions iraniens. Conclusion, j’ai attendu cinq heures pour que mon carnet soit traité…

 

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Une fois le poste frontière derrière moi, je découvre un paysage totalement désertique. La route qui traverse le désert de Gasan-Kuli ressemble alors plus à une piste sur laquelle on aurait cherché à étaler un peu de bitume comme du beurre trop froid. Heureusement, les sections de pistes sont bien roulantes, même si pas suffisamment pour me permettre de rattraper le retard pris au poste frontière. Tout autour, de la steppe à perte de vue, et quelques chameaux qui viennent couper de leurs bosses l’horizon ensablé. Au loin sur la route, il m’arrive d’apercevoir des tourbillons de sable qui 15 minutes plus tard se transforment en vieux camions rouillés. La Turkménistan m’apparait alors bien plus sauvage que l’Iran.

 

Toute droite sur des dizaines de kilomètres, la route s’offre très exceptionnellement quelques angles sans que l’on puisse comprendre qu’elle en est la cause. Pas d’obstacles apparents, pas de reliefs particuliers, juste un virage en plein désert. En réalité, la raison en est que la route, probablement d’origine militaire, suit les lignes de la frontière avec l’Iran qui courent le long de la chaine de montagne du Kopet Dag, 2 kilomètres plus au sud…

 

J’avais prévu d’atteindre avant la nuit à la capital Ashghabat mais finalement je n’avais pu atteindre que ce village de Charlouk. Il était inutile d’espérer y trouver un hotel. En avançant doucement sur la rue principale (peut être la seule d’ailleurs), je croise deux messieurs en pleine de conversation. Je m’arrête à leur niveau et grâce à un magnifique jeu de mime, leur fait comprendre que je cherche un endroit pour dormir. Avec un large sourire, l’un d’eux m’invite à rentrer ma moto dans sa cour, juste en face de moi. Il allait être mon hôte pour la nuit.

 

Posé sur sa terrasse, allongé sur un grand tapis persan et confortablement accoudé sur quelques cousins, nous dégustions le diner généreusement par sa femme et sa belle-sœur. La nuit était douce et le ciel parsemé d’étoiles. Malgré les incompatibilités de langage, en s’aidant de quelques stéréotypes et de sujets universels, nous arrivions à avoir une sympathique conversation. Les histoires de couple (quand je vous parlais de sujets universels…) nous occupèrent pendant une bonne demi-heure. Mon hôte aimait à se présenter comme victime de sa femme, qui par exemple, ne lui laissait pas boire de la vodka ou même chiquer du tabac. S’il désobéissait, elle pouvait en venir aux mains, ce qui, au vue de l’opulence de son épouse, semblait pouvoir être assez douloureux… A n’en pas douter, cette soirée allait être un des grands souvenir de ce voyage.

 

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Lendemain matin, après une nuit dans la chambre entre les deux fils et un petit déjeuner en famille, il était temps de reprendre la route en direction de la capitale.

 

 

 

Achgabat, en début d’après-midi

 

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La route s’était progressivement améliorée au fur et à mesure que je m’approchais d’Achgabat. Avant d’atteindre la route principale reliant la capitale à la mer Caspienne à l’ouest, j’avais traversé de longues prairies vallonnées à l’herbe ternie par le soleil. Quelques petits contrôles de passeport avaient rythmé mon parcours sans trop le ralentir. Une fois sur l’axe majeur, c’est une longue étendue de bitume qui plonge vers l’horizon, sous un soleil écrasant. Je croisais un nombre surprenant de BMW de deuxième main, toutes de couleur noir, donnant à l’ensemble à côté très mafieux. A 5km des portes de la ville, les effets de gazodollars commence à se faire sentir : sur le terre-plein entre les voies, fleurissent de nombreux arbustes et autres fleurs colorées. Apparaît enfin l’énorme arche d’entrée à l’allure très soviétique qui bondit d’un côté à l’autre de la route. Juste après, une gigantesque fontaine aux allures néo-romaine me sert de premier contact avec le style Niazov. L’ancien président qui avait pris la pouvoir lors de la chute de l’URSS et imposé une violente et douloureuse dictature au pays, avait lancé une totale reconstruction de la capitale après l’indépendance en 1991. Profitant des ressources naturelles du pays, il y a fait ériger d’énormes bâtiments en marbre blanc et autres édifices à son effigie – dont nombreux ont été construit par Bouygues… Le tout a un style assez surréaliste et est souvent de mauvais goût. Mais le pire reste les centaines de sans-abris aynt perdu leur logement à la suite des destructions, et pour lesquels les autorités n’ont pas prévu de solutions de relogement…

 

Assis à la table d’un restaurant que j’avais trouvé pas loin du centre, je suis abordé par un français au style assez bonhomme (malgré son costume) qui avait été surpris de trouver une plaque d’immatriculation française à l’entrée du restaurant.  Ce dernier travaillait pour Vinci, probablement fatigué de voir son éternel concurrent se gaver seul avec les fameux gazodollars turkmènes… Il était là pour rendez-vous d’affaire et mis rapidement court à notre petit entretien. Derrière moi, un jeune russe, Vitaly, terminait son repas quand il se proposa de me servir d’interprète avec le serveur qui ne parlait pas un mot d’anglais. Vitaly parlait un anglais très british, après avoir fait toutes ses études en Angleterre. Il visitait le Turkménistan après avoir baroudé en Iran et au moyen-orient et était arrivé la veille dans la capital turkmène. Une fois mon déjeuner terminé, il me conduisit à son hôtel, l’hôtel Syyahat, vestige de l’ère soviétique Comme bien d’autres hôtels touristiques construits à l’époque, ce dernier est aujourd’hui complètement défraichi et mal entretenu. Les poignées de portes, quand il y en a, vous reste dans la main, les fenêtres ne ferment pas, le système électriques est assez inquiétant, le carrelage de la salle de bain perd un de ses carreaux à chaque douche et les toilettes, je vous en épargne les détails. Par contre, à chaque étage, vous trouverez une dzhurnaya, la femme de service chargée de distribuer les clés des chambres. Au travers d’un long couloir, elle vous conduira à votre chambre et en ouvrira la porte avec la même attention que s’il s’agissait d’une suite présidentielle. La scène est assez pathétique mais sa présence apporte une certaine chaleur au lieu.

 

2009_05_26 Ashghabat-03 Après une petite douche bien méritée, Vitaly et moi passons l’après-midi à découvrir la capitale de marbre et ses édifices grandioses. Mon préféré restera le mémorial du Tremblement de terre. Le 6 octobre 1948, un tremblement de terre de magnitude 9  mis à terre toute la ville en tuant les deux tiers de sa population, soit 110 000 personnes. Les chiffres officiels de l’époque firent état de seulement 14 000 victimes – sous le régime stalinien, les désastres n’existaient pas, n’est-ce pas ? – et le pays fut fermé aux étrangers pendant cinq ans, le temps d’ensevelir les morts. En souvenir de ce triste événement et l’honneur des victimes, Niazov fit érigé une colossale statue en bronze grandiloquente représentant un taureau supportant un globe terrestre, surmonté d’un jeune enfant en or qui n’est autre que Niazov lui-même… Tellement stupéfait du mauvais goût, j’en ai oublié d’en prendre une photo… 

 

En fin d’après-midi, nous déambulons dans le quartier de Berzengi, avec ces immeubles en marbres blancs, ses fontaines et ses espaces verts. Dans le parc de l’indépendance, nous découvrons une grande fête organisée pour la fin de l’année scolaire avec plein de jeunes écoliers et écolières endimanchés pour l’occasion. Sur la scène, des chanteurs se succèdent devant un monumental portrait du successeur de Niazov qui n’a pas attendu longtemps pour reprendre les habitudes de son prédécesseur. 

 

2009_05_26 Ashghabat-10 Le soir venu, nous nous faisons prendre par le couvre-feu imposé par les autorités en ce jour de fin d’année scolaire qui oblige les restaurants a arrêté le service à 20h. On se retrouve alors à déguster pour tout diner un peu de brioche et de l’eau pétillante dans la chambre de Vitaly en regardant sur son ordi un vieux film de propagande soviétique assez distrayant.

 

Le lendemain, Vitaly partait pour Merv en bus et après avoir réglé quelques problèmes administratifs, je devais prendre la route pour le désert du Karakoum.

 

Ministère des transports du Turkménistan

 

Pour une raison sûrement absurde que je n’avais pas réussi à comprendre, les douaniers de Gudurolom m’avait fait une autorisation de circulation limitée à l’itinéraire Gudurolom – Achgabat et je devais étendre cette autorisation pour me rendre au nord du pays auprès du ministère des transports du Turkménistan. Ce dernier est logé dans un immense hall blanc, totalement vide à l’intérieur, avec pour seul aménagement une petite fontaine en son centre. Les bureaux se trouvent derrières des portes vertes sur trois étages de balcon construits sur les murs latéraux du bâtiment. Derrière l’une de ces portes, je trouve 4 fonctionnaires : le premier joue sur l’ordinateur, le second fume le cigare les pieds posés sur son bureau, les deux derniers discutent au-dessus d’un magazine. Dans cette ambiance studieuse, je tente ma chance auprès de ces deux derniers en leur présentant les papiers qui m’avaient été remis à la frontière. A ma grande surprise, l’accueil fut chaleureux. Je réussi à faire comprendre quels étaient mes plans et l’un des fonctionnaires commence alors à faire le calcul des kilomètres de mon itinéraire pour l’assiette de la taxe d’essence. Il faut savoir qu’au Turkménistan, l’essence est non pas taxée mais subventionnée à la pompe (à défaut d’être gratuite comme le gaz).  Pour s’assurer que les touristes en transit comme moi ne profitent de l’aubaine, ces derniers doivent s’acquitter d’une taxe d’essence calculée en fonction du nombre de kilomètres induits par le parcours déclaré et auquel chacun est tenu. J’avais déjà réglé près de 70 dollars à l’entrée (au titre notamment de cette fameuse taxe d’essence) et voilà que le fonctionnaire me réclamait de nouveau 45 dollars au prétexte que mon itinéraire comportait, selon ses chiffres, presque 700 kilomètres jusqu’à la frontière ouzbek à Dashoguz. Surpris du chiffre, je m’empare de la règle posée sur son bureau et essaye de lui démontrer sur la grande carte accrochée au mur que son pays n’est pas aussi grand qu’il veut bien le croire. En effet, entre Achgabat et Dashoguz, il n’y a que 450 kilomètres, pratiquement qu’en ligne droite. Mais tout cela n’était que peine perdue. Le fonctionnaire malgré son gentillesse du départ, souhaitait vivement reprendre la lecture de son magazine et me représenta alors d’un air lassé sa calculette affichant toujours le même chiffre de 45… Frustrant.

 

A suivre…

 

 


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