Petit treck dans les Fannsky Gory

Posted: July 18th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

 Artush, au couchant

J’étais arrivé à Artush en fin de journée. Mes hôtes m’avaient rapidement fait allonger sur leur dastakhan, le long tapis perse qui habille le sol de toutes les demeures d’Asie Centrale. Etendus devant moi, une farandole de petits gâteaux et friandises colorées qui avaient depuis fort longtemps perdus de leur croquant. J’avais rencontré mes hôtes par l’intermédiaire d’un guide de Samarcande qui m’avaient donné leur adresse. Dilshod et sa femme habitaient dans une belle demeure à deux étages perchée dans le village de montagne d’Artush, à deux heures de route de la frontière ouzbek, passée le jour même. J’y avais trouvé un douanier logé dans un petit préfabriqué qui avait été épargné de tout ménage depuis bien des années. Il était vêtu avec tout l’attirail du parfait militaire prêt au combat, à l’exception des petits mocassins luisants qu’il portait aux pieds, probablement plus confortable que les habituelles rangers. A mon arrivée, les premières gouttes d’un orage commençaient doucement à se faire sentir. Le temps que le douanier appose quelques tampons sur mon passeport et remplisse le registre, à ma remise en selle, les nuages avaient fort habilement fini de se délester de leurs ondées et la terre d’entacher sa soif. Le Tadjikistan commençait déjà à me faire bonne impression. Derrière la barrière, de vaste prés au milieu d’une vaste plaine dévalaient sous mes yeux. Sur la route, des milliers de sourires de tout âge me saluaient chaleureusement à mon passage et petit à petit, apparaissaient au sud les premiers sommets enneigés desFannsky Gory. Au bout d’une centaine de kilomètres, je quittai la grande route pour m’engager sur un chemin grimpant doucement le long d’un vallon encore bien vert. Le tarmac n’a pas attendu longtemps pour laisser place à la boue et j’étais alors bien heureux d’apercevoir Dislhod en bas de sa maison.

Pour dîner, la femme de Dilshod avait préparé le traditionnel plov, un plat bien riche pour combattre les extrêmes températures de la région, fait d’un mélange de riz, de viande bouillie, d’oignons, de carottes, de raisins secs et de pois chiches, le tout baignant dans un manteau huileux. Pour le dîner, nous avions été rejoins par Rulik, mon muletier pour le treck et mollah de profession. Le petit gaillard avait une bonne tête et je me réjouissais de partir avec lui pour 3 jours. Il m’avertit qu’il n’avait qu’une seule contrainte au quotidien qu’étaient ses cinq prières journalières. Au cours de chacune d’entre elle, tout en tirant sur ses oreilles avec ses mains – peut être était-ce d’ailleurs à force de prier qu’elles étaient devenues si larges… – il faisait des mouvements de rotation de gauche à droite, puis de droite à gauche tout en récitant des versets du Coran. Étonnant rituel bien différent de ceux aperçus en Iran.

2009_06_04 Kulikalon-12 Le lendemain matin, nous entreprîmes l’ascension des 1800 mètres de dénivelé qui nous séparaient de la cuvette de Kulikalon où nous devions planter le camp. Ma petite compagnie était constituée de Rulik, mon muletier mollah, Rainbo, son chien, et sa mule Micha. La bonne bête avait le pied sûr et traînait sans broncher tout notre lourd équipement. Au cours des premieres minutes sur le sentier, nous croisons des dizaines de bergers tadjiks, hoquetant sur leur pauvre mulet d’un pâturage à l’autre suivis de tout leur troupeau. A l’évidence, la vie tournait ici au rythme des saisons et il était à présent venu le temps des hauts alpages. Chacun de ses hommes pouvait partir plusieurs jours pour conduire leur précieux troupeau sur ces hauts plateaux redevenus le temps de l’été de longues étendues d’herbe verte et bien fraîche.

Au bout d’une demi-journée de marche, nous avions enfin atteint la cuvette de Kulikalon. Le campement fut rapidement posé au bord du lac de Duchakka. Sa couleur soit disant turquoise était bien affadit par l’épais manteau nuageux qui enveloppait le Chimgarta, la plus haute montagne des Fannsky Gory qui nous surplombait du haut de ses 5489 mètres. Pendant les rares éclaircies, je découvrais l’étrange végétation du lieu. Plantés de façon éparse, de petits arbustes semblent avoir été façonnés par le vent. Leurs branches totalement aspirées n’ont poussé que d’un seul côté et l’écorce, à force d’être étirer par les rafales qui s’engouffrent dans la plaine, s’effilochait comme de la vieille corde.

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Après une froide nuit sous la tente, je partis seul le lendemain à la découverte des lacs Alauddin, 4 kilomètres plus à l’est. Malheureusement, à cette altitude, la neige n’avait pas encore eu le temps de fondre et je n’ai pu atteindre que les premiers lacs. Le paysage était fort heureusement déjà grandiose dans cette plaine gigantesque où les eaux des lacs reflétaient tels des miroirs les sommets enneigés.

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De retour au campement pour le déjeuner, j’eu juste eu le temps d’avaler ma portion de plov avant de rempaqueter le campement et partir pour un énième lac à l’obscure couleur verte dans une vallée voisine. Le passage du col se fit sous une pluie lourde. Sur l’autre versant, la pluie avait rendue le sentier dangereusement glissant et notre pauvre mule se retrouvait à dévaler la pente toute en glissade, posée sur son arrière-train, les quatre fers en avant. Pauvre bête… Au bout du sentier, après avoir rapidement croisé le lac, nous pûmes nous réfugier à l’Aplager, le camp de base. J’y trouvai un sauna, aussi appréciable qu’inattendu, le lieux n’ayant même pas de toilette… Le lendemain, je du repartir vers Artush pour y récupérer ma fidèle et s’envoler vers Dushanbe.

A suivre…


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