Dushanbe chez les Olsons

Posted: July 21st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Posé en terrasse sur la Rudaki avenue, Dushanbe

2009_06_08 RoadtoDushanbe-05 J’en avais presque oublié l’odeur. Pourtant, ces 4 dernières années, chaque jour, il avait été là, m’insufflant gorgé par gorgé sa petite dose d’énergie. Mais depuis Istanbul, plus un signe, ni même l’évocation de son nom. A la place, j’avais été abreuvé de thé, saturé de sucre, servi dans des petits verres décorés aux formes sensuelles. Il faut dire que cette boisson se marie bien mieux au rythme avec lequel la vie se distille dans les pays que je traversai. Elle prend le temps de doucement diffuser ses essences excitantes, donnant au corps juste l’énergie suffisante pour éveiller les sens et éclairer l’esprit. Mais ici à Dushanbe, pour la première fois depuis que j’avais quitté l’Europe, j’avais pu retrouver la robuste et excitante saveur d’un véritable café. Le Segafredo Café venait d’ouvrir il y a à peine 3 mois et était rapidement devenu incontournable pour tous les touristes et expatriés de la ville. J’y passai chaque jour quelques heures, dégustant son excitant breuvage tout en profitant de son réseau internet sans fil…

 

2009_06_08 RoadtoDushanbe-01 Dans la capital, j’étais hébergé par Trevor et Lilly, un couple d’américains rencontrés sur internet et travaillant pour l’ambassade des Etats-Unis dans ce petit narcoétat qu’est le Tadjikistan. Dushanbe, sa capitale, offre de belles avenues boisées parcourues par un nombre étrangement intrigant de belles berlines et autres 4×4 allemands. Au vue de l’état de la route pour y parvenir, je fus agréablement surpris de trouver une ville aussi moderne et agréable. Après avoir quitté Artush, la route commence par longer la rivière Zeravchan à travers de larges et vertes plaines. Mais rapidement, elle s’élève et pénètre la splendide chaine de montagnes du Zarafchan. Ici, la terre encore bien vivante n’entend pas se laisser ainsi revêtir de ce triste ruban d’asphalte. Alors au début, elle le perce de nids de poule profonds comme le bras. Puis, au fur et à mesure qu’elle s’élève vers le ciel, elle le tord, le déchire et l’arrache. Mon allure s’en ressenti et j’atteins ainsi prudemment le tunnel construit par l’Iran perçant la montagne qui vous épargne l’ascension vers le col d’Anzob, 600 mètres plus haut. Même s’il est déjà ouvert au trafic, le tunnel est bien loin d’être fini. Du fait de l’eau qui ruisselle à l’intérieur de la montagne, il est totalement inondé avec par endroit plus de 50 cm d’eau. Le passage des pots d’échappement brulant sur cette eau boueuse enfume tout l’espace d’un épais brouillard seulement percé par les phares des camions et jeeps assez solides ou assez fous pour tenter la traversée. Le manteau boueux cache les irrégularités du sol et je me fais plus d’une fois surprendre à plonger de plusieurs dizaines de centimètres avant de remonter brutalement. Au fond de cette mine dans laquelle j’étais rentré de façon bien innocente, je cherchais un endroit où m’arrêter pour prendre une photo. Mais je ne trouvai le répit qu’à la sortie du tunnel. Je n’avais jamais vu çà. Un tel ouvrage serait impensable dans nos riches pays mais ici, on se préoccupe bien moins de ce genre de confort qu’est la sécurité… 

Stitched Panorama Sur l’autre versant de la montagne, à l’autre bout du tunnel, la route vers Dushanbe est construite par des hordes de chinois. Mais encore une fois, la tâche est loin d’être terminée, et des sections de route totalement désastreuses alternent avec de reposantes portions fraichement construites. Avec patience et prudence, j’atteins ainsi la capitale. J’y passai 5 jours, à attendre un nouveau train de pneus, à tenter vainement de procéder à un hypothétique enregistrement de ma moto – malgré l’aide de l’ambassade de France à ce sujet, toutes mes tentatives auprès de différentes administrations se conclurent par de cuisant échecs… -, à déambuler dans la ville en compagnie d’un jeune iranien prénommé Nima rencontré sur la route, à m’offrir quelques matchs de soccer avec les marines de l’ambassade des USA, et à déguster de délicieux caffe latte, tout en profitant du confort de la maison de Trevor.

Quand les pneus arrivèrent enfin, il me fallait les faire monter. Trevor s’était renseigné pour moi et m’avait indiqué un endroit bien réputé pour faire l’opération. Dans une sorte de parking, je trouvai un matin un petit local tout crasseux dont la porte ne dépassait pas 1 mètre de hauteur – peut être une mesure de sécurité contre le vol des machines logées à l’intérieur…. Alors chacun avait sa méthode pour y rentrer, certains allait même jusqu’à se mettre à quatre pattes. J’avais du mal à croire qu’avec toutes ces luxueuses voitures dans les rues, il n’y avait pas un endroit moins atypique pour faire changer des pneus. Avec l’aide de deux mécanos, on changea le pneu arrière. L’extrémité du tuyau du compresseur, qu’il faut connecter à la valve du pneu, n’avait pas de système de blocage autre que la force du poignet. En réalité, il s’agissait d’un simple tuyau d’arrosage reconverti. Malheureusement, c’est insuffisant pour mon pneu qui en raison de sa structure sans chambre à air nécessite un bon coup de pression pour se caler sur la jante. On essaya à 4 mains, puis même à 6, sans succès. C’était assez frustrant et inquiétant à la fois. Si nous n’arrivions pas à mettre ce pneu en place, je ne pouvais plus repartir… Finalement, avec l’aide d’une sorte d’écrou enfilé autour du tube, nous avons pu enfin terminer l’opération. Pour le pneu avant, le garage n’avait pas la pièce nécessaire pour dévisser la roue. Ce dernier était bien moins usé alors je me fis à l’idée de repartir sans le changer. Mais l’après-midi même, alors que j’accompagnai Trevor à la réunion du Hash Club de Dushanbe, sorte d’institution internationale associant course à pied et beuverie, inventée par des colons britanniques – qui d’autres auraient pu avoir une telle idée ? – l’un des participants auquel je faisais part de mon expérience du matin m’annonça qu’il avait la fameuse pièce. Alors, le lendemain matin, je pris le parti de changer, seul, sans machine, la roue avant. L’opération demanda une bonne heure et demi, deux ou trois petite phases de doute, quelques litres de sueurs, une ou deux petites rayures sur la jante et un très coopératif chauffeur de taxi qui un dimanche réussi à trouver un garage ouvert, bien mieux organisé que le précédent – mais quel était l’énergumène qui avait osé le recommander à Trevor… – pour gonfler la roue fraichement montée de son nouveau pneu. N’ayant jamais monté un pneu de ma vie, que ce soit de moto, voiture ou ni même vélo, je dois concéder avoir eu petit sentiment de fierté en serrant la dernière vis, mais je vous rassure, pas suffisant pour vouloir le refaire…

Après une dernière soirée en famille, j’allais reprendre la route en direction de la fameuse Pamir Highway.

A suivre…


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