La traversée verte – part II

Posted: November 21st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 07 - Kirghizstan | | 1 Comment »

Kirghistan02-1 Ainsi le 23 au matin, je devais quitter Osh en direction de Naryn, seulement 250 km au nord est. J’avais toutefois prévu deux jours pour les faire, sans grande certitude… Avant de quitter la guesthouse, je remis à son jeune gérant un petit paquet de photos prises dans le petit village de Karakol. C’était une petite série de portraits des habitants de ce village qui avaient accepté de poser pour moi. Après la séance photo, je leur avais promis d’essayer de leur envoyer les clichés. Alors, j’en avais fait développer une petite série, les plus belles, dans une boutique à Osh et il me fallait maintenant les leur faire parvenir. J’avais bien pensé un instant les envoyer par la poste mais cela m’avait été déconseillé… Le plus fiable, m’avait-on dit, était de les confier à un de ces chauffeurs faisant la liaison entre Osh et Murghab, au Tadjikistan, au volant de leur vieille jeep russe UAZ. Il passait nécessairement par le village de Karakol et ils leur suffisaient de donner ces quelques clichés à la première personne qu’ils croiseraient dans le village. Tout le monde se connait là-bas. En les remettants au jeune gérant, il m’assura que l’un d’eux partirait le lendemain, qu’il lui remettrait les photos ce soir et que je n’avais pas à m’inquiéter. Ces conducteurs avaient l’habitude et pour rien au monde, ils ne priveraient ces gens du bonheur que ces photos leur procureraient.

Je dois admettre avoir longtemps été habité par un douloureux doute quant à mon choix de route. Elle allait à l’évidence être exigeante et le corps commençait à montrer des signes de fatigue. Mais je me persuadais que l’expérience fraichement et durement acquise allait en compenser les effets. Je ne cessais de me répéter que tout est une histoire de rythme, ne pas trop réfléchir, oublier le poids de la moto et toujours regarder au loin…  

Kirghistan02-6

Finalement, sur la route de Jalabat, je rencontre deux motards tchèques sur de veilles motos totalement personnalisées – j’étais bien incapable d’en dire la marque – qui avaient également pour objectif de se rendre à Naryn par la même route que moi. Au début, la confiance du groupe dissipa mon appréhension et ensemble nous longeons la frontière ouzbek sur une route parfaite. Arrivés à Jalabat, le fait que mes nouveaux compagnons de voyage maitrisaient parfaitement le russe facilite alors grandement l’orientation et c’est sans trop peine que nous trouvons la route vers Naryn, après un long déjeuner dans une petite auberge. Malheureusement, avant même que la route devienne vraiment difficile, un des deux motards tchèques trouva le moyen d’avoir coup sur coup deux crevaisons, chacune nous faisant perdre une bonne heure à chaque fois. Ne se sentant pas en veine, mes amis tchèques finalement renoncèrent à continuer et firent demi-tour… De mon côté, mon calendrier ne me laissant pas de choix, il me fallait continuer.

Stitched Panorama

Et me voilà de nouveau seul avec mes craintes. Quand le bitume disparait totalement, la route n’est plus qu’un petit filet de terre et de caillasse se faufilant au grès des reliefs des collines vertes kirghizes. La rencontre avec mes deux déserteurs m’avait fait prendre beaucoup de retard sur mon planning, entre notre long déjeuner et les crevaisons à répétition, et je ne pouvais plus atteindre le village de Kazarman, une cité minière où quelques habitants offrent le gite et le couvert aux touristes de passage. Un peu résigné, je continuais à avancer au rythme imposé par la route – environ 40 km/h – en attendant que le soleil me fasse signe qu’il était temps pour moi de planter la tente au bord du cours d’eau qui longeait la route. Finalement, avant que le soleil commence à faire rougir les cimes des montagnes, la piste traverse une petite clairière où je rencontre deux cyclistes espagnols en train de monter leur campement. J’aurai pu continuer encore une trentaine de minutes, peut être même un plus mais à quoi bon ? Le lieu était propice au bivouac et mes deux nouveaux amis, malgré quelques signes de fatigues apparents, semblaient bien heureux de voir un autre européen. Mais le plus heureux, c’était à n’en pas douter, moi. Avec le vide créé par la défection de deux autres, la compagnie de ce petit couple allait m’apporter le réconfort dont j’avais besoin à ce moment là. Coïncidence ou destins croisés, deux autres tchèques, un couple cette fois, arriva cinq minutes après moi, sur deux motos compactes parfaitement équipées. Tous les cinq autour du feu, on passa la soirée à se partager expériences, conseils et autres anecdotes de voyage. Le couple tchèque venait de parcourir la route qui m’attendait le lendemain matin. Madame avait fait trois chutes et Monsieur qu’une seule… mais toujours à faible allure. En regardant ma moto, Vladimir eu un air assez dubitatif. Sous les traces de boues, elle paraissait encore bien neuve mais surtout bien lourde et mes pneus, malgré leur grande polyvalence, risquaient de montrer leur limite sur ces pistes. « You should make it » me dit-il malgré tout, soucieux de ne pas provoquer une inutile anxiété. A ce stade, j’avais décidé de ne plus m’inquiéter jusqu’au réveil. Le crépitement du feu avait eu raison de mes angoisses et je me contentais de vivre l’instant avec mes quatre nouveaux camarades sous un vaste ciel étoilé.

Stitched Panorama

Le lendemain, le route tenu toutes ses promesses. A plusieurs reprises, il me fallut oublier mes craintes, et accélérer, toujours accélérer pour ne pas s’enliser. La vitesse et le poids de ma moto devenaient mes meilleurs alliés face aux flaques de boues ou de caillasse. Arrivé au sommet du col de Kaldama, à plus de 3.000 mètres, après 4 heures d’ascension pénible et exigeante, je laisse s’échapper mes peurs avec un grand cri de joie et de satisfaction. Du haut du col, baignant dans les nuages, je dominais toute la vaste vallée de Fergana, le grenier à blé de l’Ouzbékistan. Face à ce damier infini de champs, je me sentais à nouveau plein de force et d’énergie. En réalisant ce que je venais d’accomplir, je retrouvai toute cette confiance insolente et un peu inconsciente qui m’avait longtemps habité au cours de ce voyage. A cet instant, ma volonté et ma soif d’aventure n’offraient plus de prise à la peur et j’allais pouvoir de nouveau apprécier pleinement les paysages traversés.

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Derrière le col, la route vient se poser sur une vaste étendue avec quelques sommets enneigés en trame de fond. La route alors n’est plus qu’une longue piste totalement plate et les quelques jeeps que je croise laissent derrières elles de longue fumés blanches. Après, la route recommence à grimper en lacets et derrière un dernier col, je découvre la vaste vallée de Naryn. Quelques troupeaux dans ces hauts pâturages sont gardés par de jeunes bergers, de simples enfants. Je partage avec eux mes biscuits et l’un d’eux m’invitent chez lui rencontrer sa famille. Je me retrouve assis par terre dans une modeste demeure kirghize entouré de toute une famille enthousiaste d’échanger avec un voyageur solitaire. Il m’offre un verre de lait de jument conservé dans une grande poche en peau de vache pendue dans l’entrée. On me présente fièrement le dernier né pendant que je force quelques gorgés de cette boisson bien riche. L’échange est un peu poussif mais le contact est sincère. J’immortalise l’instant de quelques clichés avec mon petit appareil et encore une fois, je promets de faire mon possible pour les leur faire parvenir. Je me remercie mes hôtes et me presse à contrecoeur de repartir, soucieux d’arriver avant la nuit à Naryn.

A suivre…  


One Comment on “La traversée verte – part II”

  1. 1: PIERRE CHEVRETON said at 12:34 on November 22nd, 2009:

    BONJOUR JE SUIS VOTRE RAID JE SUIS UN MENBRE C’EST SUPER CE QUE VOUS FAIT J’AI
    UN LAND 300TDI JE VOUDRAIT FAIR UN RAIDE PARIS D ARAMESALA PEKIN EN LAND JE RECHERCHE DU MONDE