Pamir Highway – Part III

Posted: September 25th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Le départ de Murghab

J’étais un peu déçu de devoir quitter Murghab sans avoir eu le temps de profiter des merveilleux trecks qu’offre la région. J’avais déjà repoussé une fois ma date d’entrée en Chine qui était cette fois prévue 5 jours plus tard et il me restait encore plus de 600 kilomètres à parcourir dans cette région montagneuse avant d’atteindre mon point d’entrée,  le col de Torugart au Kirghizstan. Et pourtant, Murghab était à moins de 30 km de la frontière chinoise derrière laquelle se trouvait la fameuse Karakoram Highway, cette route mythique qui relie Kashgar au nord et Islamabad au sud en traversant la chaine de montagne du Karakoram. Bientôt j’aurai la chance de l’emprunter mais en raison du relief et de quelques considérations géopolitiques, j’avais encore 5 jours de route devant moi avant de pénétrer en territoire chinois.

Stitched Panorama

Je quittais Murghab comme un marin prend la mer. Je voyais dans le rétroviseur disparaître sous l’horizon ses petites baraques blanches et devant moi, une vaste plaine désertique sans fin. En montant doucement vers le col d’Ak-Baital – le col du cheval blanc – la température chute sous les – 2 C° et des giclés de grêle et de neige portées par des vents violents viennent gifler mon équipage. Heureusement, la moto, imperturbable, continue à ronronner fidèlement. Derrière le col, c’est une longue descente vers le lac de Kara-Kul, le plus haut d’Asie centrale à 3914 m.  Creusé par une météorite il y a environ 10 millions d’années, le Kara-Kul dégage une atmosphère toute mystérieuse. Par contraste avec l’épais manteau nuageux qui recouvrait le ciel, ses eaux claires et turquoise semblent briller comme une étendue d’émeraudes.  Par temps clair, le contraste s’inverse, ce qui lui vaut le nom chez les Kirghizes de la région de Chong Kara Kul – le grand lac noir, par opposition au Kichi Kara Kul – le petit lac noir qui borde la route du Karakoram en Chine.

2009_06_17-Karakol (03 sur 26) Au bord du lac, à l’est, se trouve le petit village de Karakul avec sa trentaine de petites maisons couleur craie. Un des habitants offre le gîte aux quelques touristes de passage et après une rapide installation, je partis armé de mon appareil profiter des dernières lueurs du jour. Autour d’un vieux camion, je tombe sur un groupe d’hommes s’affairant au-dessus de son moteur. Au départ, l’accueil n’est pas des plus chaleureux. Je m’approche alors pour essayer de comprendre l’objet du problème mécanique et ces messieurs m’ignorent totalement. Un peu surpris, je croise le regard d’un d’entre eux et lui dit « Mecanic » en me pointant du doigt. Sans savoir vraiment d’où m’était venue cette idée, je me retrouve dans le cœur de la bête, les mains pleines d’huile, avec une dizaine d’homme me regardant comme on regarde un médecin faire un massage cardiaque. Sauf à croire aux miracles, j’avais peu de chance de sauver la machine. Mais surtout je n’avais rien à perdre à tenter quelque chose. Alors me voilà à tâter les différentes pièces mécaniques du moteur, cherchant un petit jeu, demandant à ce que l’on lance en vain le démarreur pour essayer de percevoir un bruit suspect.  Au bout de cinq minutes, bien évidement, je n’avais pas le quart du début d’une solution. Pour terminer d’assoir ma crédibilité, je demande tout de même que l’on me passe le tournevis pour jouer sur les vis de réglage du carburateur, toujours sans succès… Mes efforts avaient toutefois brisé la glace et en me retournant vers mes spectateurs le visage désolé, je fus remercié avec quelques sourires et tous presque se prêtèrent volontiers à une petite séance photos.

Poste frontière du col de Kyzyl-Art

 J’avais quitté Karakol de bon matin avec l’espoir de rejoindre Osh au Kirghizstan avant la nuit. Au col d’Uy Bulak, je me retournai une dernière fois pour admirer le lac Kara-kul. Le paysage était à couper le souffle. Après une dernière photo, il me fallait malheureusement repartir…

Stitched Panorama  

Le poste de frontière du col de Kyzyk-Art, perché à près de 4300 m, se présente sous la forme d’un petit rassemblement de vieilles caravanes blanches qui, avec leur forme d’engin spatiale, semblent avoir été conçues par les soviétiques pour la conquête de la lune. Avec le froid environnant, la chaleur avec laquelle les gardes vous reçoivent surprend agréablement. Encore plus surprenant, l’un d’eux parlait un anglais tout à fait correct et une fois les formalités rapidement effectuées, il m’offrit un thé et me dit : “You know, we live here because we are born here. This is our land. But should we not be here today, nobody would come to settle”. En effet, cette région du Pamir n’est pas des plus accueillantes pour l’Homme avec ses déserts d’altitudes et ses températures extrêmes. Mais c’est probablement pour cela qu’elle est restée encore aujourd’hui si belle…  

A suivre…

PS: La période de collecte de dons se termine dans 7 jours et nous n’avons toujours pas atteint l’objectif de 5.000 euros. Je compte sur vous pour le sprint final….


Pamir Highway – Part II

Posted: August 16th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | 1 Comment »

 Village de Boulounkoul

Stitched Panorama J’étais parti au levé du jour découvrir le lac Yashi Kul, à deux heures de marche du village de Boulounkoul. Quand je quittai la maison, la famille qui m’hébergeait était en grande partie réveillée. La jeune mère, belle comme une bohémienne avec ses longs cheveux noirs enveloppés dans un foulard couleur sang qui lui tombaient jusqu’au creux du dos, s’activait à rallumer le poêle. La grand mère, avec son visage ridé par la rudesse de la vie dans ces contrées et ses surprenant yeux bleus qui avaient gardé toute leur jeunesse, rangeait les vêtements éparpillés des enfants qui encore emmitouflés sous des kilos de couvertures commençaient doucement à éclore. Seul monsieur dont je n’ai jamais vu le visage ou entendu la voix dormait profondément, une bouteille de vodka au pied du lit qui après un long tête à tête avait semble-t-il eu le dernier mot…

Stitched Panorama En découvrant le lac derrière le col, j’avais l’impression d’être projeté dans la récit de la Création. Le paysage ici était toujours intact, tel que Dieu l’aurait créé. Pas un signe de civilisation pour perturber ce superbe spectacle. Le lac était entouré de somptueuses montagnes couleur ocre et ses eaux turquoises réfléchissaient de magnifiques sommets enneigés. Sur la rive ouest du lac, une source thermale jaillissait et offrait à ses visiteurs une petite piscine naturelle d’eau chaude. Je me mis alors nu pour profiter des bienfaits de la source. Dans ce costume d’Adam, totalement seul, je revivais la Genèse. Cela valait bien une photo… 

2009_06_14 RoadtoMourghab-03 De retour au village, je mangeai d’une traite le bon petit déjeuner préparer par mes hôtes avant de reprendre la route pour Mourghab. Je retrouvais alors les somptueux paysages lunaires pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Après un dernier col, la route redescend doucement vers Mourghab et la végétation réapparait petit à petit. Malgré le froid, je croise quelques valeureux paysans qui courent d’un pâturage à l’autre sur une vieille moto soviétique surveiller leurs bêtes. Juste avant l’entrée de la ville, alors que je m’étais arrêté pour photographier le paysage, une charmante petite famille en moto et side-car vint me saluer. Avec beaucoup de rires, elle se prêta volontiers une séance photo improvisée au bord de la route. Je n’ai pas bien compris qui était qui mais il y avait beaucoup de complicité dans l’air. Je me dis alors qu’il fallait au moins cela de chaleur humaine pour compenser le vent glacial qui souffle dans ces vallées.

Poste de contrôle à l’entrée de la ville de Mourghab

Pas un fortin à l’horizon, juste une petite barrière de bois et une vielle baraque blanche défraichie, apparemment vide. Avant de contourner la barrière, je décide de tout de même d’y jeter un coup d’œil de plus près. Derrière la porte close, une salle vide de toute fourniture et pas un bruit. Il n’y avait donc bien personne. Alors que j’étais sur le point de redémarrer, un soldat sorti de je ne sais où m’interpelle et m’ordonne de lui présenter mon passeport. Je m’exécute et après un rapide contrôle, il me demande de le suivre dans la petite maison. Depuis la salle vide, il ouvrit une porte qui donnait sur un obscur couloir au fond duquel une autre porte cachait une petite salle remplie de soldats avachis sur des vieux canapés entassés entrain de regarder un film de mœurs légères. Pendant qu’un des soldats sortit le registre, un autre pointa du doigt l’écran de télévision et me dit avec un grand sourire : « American girls !! ». A l’évidence, ici, l’Amérique faisait donc toujours rêver…

Bazar de Mourghab

2009_06_15 Mourghab-04 Sur un long terrain vague, deux longues colonnes de conteneurs tenaient lieu de bazar. Dans chacun d’entre d’eux, toutes sortes de denrées plus ou moins rares que l’on venait chercher ici parfois après plus de 100 kilomètres de route. Déambulant d’un conteneur à l’autre, des fiers kirghizes aux yeux bridés reconnaissables à leur hauts chapeaux noir et blanc faisaient leur marché dans une ambiance bon enfant sous une fouetté du nuages blancs. Je m’y baladais avec un Belge et un Autrichien rencontrés à la guesthouse où j’avais posé mes valises. Le premier visitait le pays depuis 3 mois, à son rythme. Le second y était arrivé comme moi en moto et comptait y passer 1 mois pour y réaliser un reportage photo – le bienheureux avait bien vendu sa société il y a 2 ans de cela et s’offrait une nouvelle carrière de photographe. On a vite compris que notre trio représentait la seule présence touristique du village. Les enfants s’amusaient de nos visages étranges et les anciens nous souriaient avec bienveillance. Sur notre liste de course, de quoi se préparer un bon déjeuner avec des légumes frais mais aussi un peu d’essence. Et où trouve-t-on de l’essence dans un village où il n’y a pas de station service ? Au bazar justement, où certains vendeurs vous proposent de vous remplir vos bidons avec une essence dont il faut prier qu’elle n’ait pas été coupé à l’eau, du moins au delà du raisonnable. Après un sympathique déjeuner où chacun avait mis la main à la pâte, je partis pour le lac de Karakol.

A suivre

 


La Pamir Highway – part I

Posted: August 5th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | 1 Comment »

Malgré les charmes du Pamir Lodge, il n’avait pas été difficile de quitter Khorog ce matin. L’une des plus belles routes du monde m’attendait.

Quelques kilomètres après la sortie de la ville, je tombe sur le dernier check point. Après une rapide revue de mon passeport, le gradé décida que je n’avais pas les autorisations nécessaires pour rejoindre Murghab, la seule ville de l’Est pamirie, que j’avais prévu de rejoindre dans deux jours. J’étais pourtant persuadé du contraire – lors de mon passage, le personnel de l’ambassade de France à Douchanbé les avait justement vérifiées. Alors face à cette malheureuse tentative d’extorsion, je décidai de lui tenir tête:
« Sorry Sir but I believe I do have the permit » lui répondis-je avec tout ce que j’avais d’aplomb.
« No, you don’t, your permit does not mention Murghab » me dit-il en pointant du doigt la page sur laquelle était tamponnée mon permit de passage soit-disant incomplet. Je plongeai alors mon regard dans le sien et lui dit calmement : « Sir, I know I do have the permit ».
Il ne s’attendait probablement pas à une telle résistance. Il se mit alors chercher dans mes yeux un quelconque signe de doute ou d’hésitation. Le gaillard n’avait pas une mauvaise tête. Le visage rond, la coupe fraîche, les joues nourries au plov et un peu serré sous sa chemise militaire, il semblait agir là contre sa nature. Ses 200 dollars par mois n’y étaient probablement pas étranger. Le pauvre n’avait pas la chance de se trouver affecté sur l’axe bien plus juteux des trafiquants acheminant leur cargaison en provenance d’Afghanistan jusqu’à la capitale. Lui devait se contenter des quelques rares et valeureux touristes solitaires et des camionneurs chinois novices ne comprenant rien aux autorisations et autres permis rédigés en cyrilliques qu’il essayait d’abuser. Finalement, tout cela se conclut par un « Okay, you can go » à moitié frustré mais vite suivit d’un franc sourire.

2009_06_12 Pamir1-02 Derrière le check point, la verdoyant vallée de la rivière Gunt m’attendait. Sous un magnifique ciel bleu moucheté de quelques nuages blanc, j’y croise de nombreux petits villages parsemés le long de la route, ou sur l’autre rive. J’aperçois les habitants de ces derniers jouer aux funambules sur des frêles ponts de bois suspendus qui les relient à la route. Chaque personne que je croise, quelque soit son âge, me salut chaleureusement à mon passage. Amicalement, les enfants viennent me taper dans la main, tous fascinés par mon imposante moto. Sur la route, des femmes toutes en couleur étendent de grands tapis pour les laver sur le bitume et les faire sécher au soleil. Quelques troupeaux bloquent parfois la route et je dois alors me frayer un chemin en zigzaguant entre les bêtes sous le regard amusé des bergers. Cette vallée était pleine de charme et savait réserver aux voyageurs un bien bel accueil.

Stitched Panorama

Au fur et à mesure que les kilomètres défilaient, j’approchais du col de Koitezek, à plus de 4200 mètres. J’avais laissé derrière moi le dernier village de Jalondy et petit à petit, la végétation disparaissait et de petits paquets de neige apparaissaient de-ci de -la. Bientôt, il n’y avait autour de moi qu’une terre asséchée par le froid et le vent, tachetée de névés illuminées par un soleil éclatant. Après une succession de lacets, j’atteignis enfin le plateau de col tout en courbure. J’étais alors envahi par cette étrange impression d’atteindre le toit du monde. Je ne pouvais apercevoir aucun signe de vie. Derrière le col, ce sentiment continue de grandir en moi en découvrant un véritable désert d’altitude, un paysage totalement lunaire entouré au loin de sommets enneigés. Il ne se passait rien ici sauf le temps, et l’empreinte humaine ne dépassait pas ce petit filet de bitume perdu dans cet océan de terre aride.

2009_06_14 RoadtoMourghab-01  

Au milieu de ce paysage grandiose, debout sur la moto à plus de cent à l’heure, j’avais quitté terre. A elle seule l’expérience valait les près de 10.000 kilomètres parcourus jusque là. Le voyage pouvait s’arrêter demain que la seule satisfaction d’être venu jusque ici me comblerait de bonheur.

Stitched Panorama

Après 50 kilomètres dans cette immensité, je quittai la route pour un petit chemin de terre s’enfonçant entre deux rangées de petites montagnes dressées comme des lances. Au bout de 16 kilomètres, la piste émerge et atterrit dans la belle vallée du village de Bulunkul, mon abris pour la nuit.

 A suivre…

 


En aparté – Clin d’oeil kashmiri sur l’actualité politique française

Posted: July 31st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 10 - Inde | | Comments Off

Il semblerait que les Kashmiris aient leur petite idée sur la cause des derniers troubles de santé dont a été victime notre très cher Président… 

Monsieur President is dead..! par Robert Clements, paru dans le Kashmir Times daté du 29 juillet 2009

« Monsieur President! Monsieur President! Get up! Get up! Oh my God Monsieur President eese dead! Monsieur President eese dead! Aidez-moi! »
« Shut up you fool! I am not dead; I have fainted! »
« Oh my God Monsieur President has fainted! »
« Why are you shooting like this? »
« I am telling the public to get help, you are fainted , you are fainted! »
« Bah I am not fainted, mind your language, I have fainted! »
« Monsieur President has fainted! Monsieur President has fainted! »
« That sounds better, but why are you shouting? »
« To get help! »
« I do not need help! »
« No? »
« No! »
« Then what do you need? »
« Rest! »
« Rest? »
« Yes rest you numbskull, rest, rest, your President needs rest and you by shouting are disturbing me from my rest! My much needed rest! I am so tired, so tired, I just need some rest and you cannot give that to me you numbskull?”
“But Monsieur President, we will get you home…”
“No, nooooo, there is no rest at home, she is there, she is everywhere!”
“Who Monsieur President?”
“She, she, I need rest before I go back to her, and you are spoiling my rest!”
“But you should get rest at home Monsieur President!”
“Silence you idiot! There is no rest at home. She will come to me, rub her hands on my chest and say “Comme il est beau!”, You are so handsome, and I will look at her and say with lust in my eyes, “Qu’est-ce qu’elle est mignonne!”, she is so cute and then, and then like a wild cat she will be on me and I like a young garçon am upon her, but…”
“But what Monsieur President?”
“But I am fifty four years old, and she…”
“And she Monsieur President?”
“She is beautiful!”
“You are very lucky Monsieur President!”
“You fool I am not lucky! I am tired, and when I try to get some rest, I have a fool shouting Monsieur President is dead, Monsieur President is fainted! Quel désastre !”
“I am sorry Monsieur President”
“Bah! Now let me sleep!”
“Monsieur President, but what do I tell the security?”
“Tell them Monsieur President fainted!”
“Monsieur President is fainted! Monsieur President is fainted..!”
“Vive la France and her English Grammar!” whispered Sarkozy as he curled up for a much need rest from his youthful life, there on the jogging track.


En route vers Khorog

Posted: July 26th, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Sur une route de terre le long du fleuve Panj, la nuit tombée

2009_06_09 RoadtoKhorog-07 Mais quelle idée j’avais eu d’aller chercher le bonheur si loin ? Le soleil à présent était caché derrière les montagnes et bientôt, il allait me falloir conduire à la seule lumière de mes phares dans ce chantier boueux qui me servait de route. Alors que j’avais toutes les raisons de vouloir hâter le pas, j’étais forcé à l’arrêt. Un camion bloquait de toute sa largeur la route. Il était coincé au pied d’une pente et n’arrivait pas à repartir. Toute l’après-midi, le ciel avait généreusement déversé ses averses qui avaient rendu la terre argileuse et glissante et à chaque tentative de redémarrage, le camion s’enfonçait un peu plus dans sa trace. Déjà trois heures auparavant, j’avais fait ma première chute dans la boue. Pas de dégât, la boue ayant bien absorbé le choc mais cela avait tout de même affecté ma confiance. J’avais dû attendre plus d’une heure que la pluie cesse et que la terre étanche sa soif pour repartir dans ce qui était devenu une étape bien pénible. Le paysage m’avait pourtant réservé de belles surprises. Jusqu’à Kulyab, ville natale du président, la route en parfait état – allez y voir un lien…- traverse de vastes prés tout juste mollement vallonnés. S’en suit une pente douce vers le col de Shurabad avant de plonger rapidement à fond de gorge au bord du fleuve Panj, véritable frontière naturelle avec l’Afghanistan, offrant un paysage aussi dramatique que magnifique. Mais avec les premières ondées, la piste demanda vite toute mon attention. Les passages délicats se succédaient les uns après les autres. Grâce à ma bonne étoile, j’étais arrivé jusque là sans autre incident mais un nouvel obstacle se dressait devant moi. Derrière le camion, une rivière large d’une dizaine de mètres, dont le courant avait dangereusement forci avec les pluies. Arrêté dans la pente, j’arrivais péniblement à garder la moto en équilibre entre mes jambe avec toute cette boue. Le camion réussi enfin à repartir grâce à l’aide d’un imposant tractopelle qui de son bras mécanique lui donna l’impulsion nécessaire pour se sortir de son trou. Il me fallait à présent traverser la rivière. Par sécurité, je décidai de faire un repérage à pied. L’eau arrivait à mi-cuisse, le courant était dangereusement puissant et le lit de la rivière recouvert de galets. Cela s’annonçait difficile. Je demandai alors au conducteur du tractopelle s’il voulait bien m’aider. Sans un mot et d’un simple geste du visage, il accepta. Il descendit de son imposante machine et je lui fit comprendre avec quelques signes que je voulais qu’il se mette en opposition par rapport au courant, de façon à pouvoir retenir la moto si jamais celle-ci m’échappait. L’éventualité de voir ma moto couchée au fond d’une rivière en pleine nuit au milieu de nulle part était assez inquiétante. Et ainsi débuta l’immersion, doucement, une roue après l’autre. Grâce à l’entrée d’air situé juste en dessous du phare, le moteur totalement immergé continuait de ronronner fidèlement. La progression en était malgré tout lente et capricieuse. Garder la moto droite avec ce courant demandait toute la force de mon corps et les galets au fond de la rivière venant buter contre les roues n’arrangeaient rien. A deux reprises, il me fallut m’arrêter pour retrouver un peu de souffle et d’énergie. Le conducteur qui était resté à côté de moi tout au long de la traversé n’avait pas eu à intervenir mais sa présence m’avait bien rassuré. Une fois de l’autre côté, un conducteur de jeep qui avait eu la gentillesse d’attendre que je termine mon passage avant de s’engager, essaya de m’expliquer quelque chose mais il m’étais difficile de comprendre quoi. A en croire les gestes de ses mains, un peu plus loin sur la route, quelque chose tomberait du ciel…

La nuit à présent avait totalement recouvert la route de son obscurité. Il était plus difficile encore de piloter sur la piste entre les pierres, les nids et ornières parsemés de-ci de-là et ma vitesse s’en ressenti. Soudain, je compris ce dont le conducteur de jeep voulait m’avertir. Éclairé par mes phares, un épais voile blanc tombant d’une corniche au-dessus de la piste semblait bloquer le passage. Il s’agissait en réalité d’une surprenante chute d’eau se déversant tel un rideau sur toute la largeur de la route. Sans m’arrêter, je la traverse. Je n’ai pas eu le temps d’avoir peur que j’en étais déjà sorti mais quelle étrange sensation. Peut être que de jour, la traversée aurait eu l’air plus insignifiante mais avec pour seule lumière celle de mes phares, au fond de cette imposante et obscure gorge, sur cette piste inhospitalière, l’expérience tenait plus d’une plongée en apnée que d’un raid à moto. J’étais bien heureux de retrouver un peu d’oxygène derrière.

Deux kilomètres plus loin, je rencontre un impressionnant chantier mobile avec son lot de machines, de projecteurs et de bruit. Un ingénieur dans un petit 4×4 russe m’arrête et m’annonce que la route est fermée. L’annonce faisait mal. J’étais totalement trempé, les bottes remplies d’eau, écrasé de fatigue et il allait me falloir trouver un endroit en pleine nuit pour monter ma tente au bord de cette piste coincée entre la falaise et le fleuve, en espérant ne pas rencontrer une de ces mines oubliées par l’armée soviétique. Finalement, l’ingénieur me demanda si j’étais seul. A ma réponse, il me fit signe d’y aller. En engageant la première, je me demandai à quoi je devais m’attendre. Si la piste que je venais de traverser avec rivière et cascade était une route « ouverte », que serait une route « fermée » ? Au final, elle n’était pas bien différente…

Chaykhana de Khostav

Je m’étais trouvé un petit coin d’espace pour poser mon matelas dans un des trois dortoirs que comportait cette petite chaykhana trouvée miraculeusement vers 23 heures au bord de la route. Après le chantier, j’avais péniblement traversé les 6 kilomètres de piste soit-disant fermée avant d’atteindre une portion de route parfaitement goudronnée. C’en était surréaliste. Elle était lisse comme une coulée d’huile. Si je n’avais pas été prévenu de son existence par le Lonely – probablement aussi exténue par la traversée, l’auteur s’est même laissé aller à la qualifier abusivement « d’autoroute à trois voies » – j’aurai cru à un miracle. A présent, j’étais enfin étendu sur le sol de cette chaykhana, tout mon équipement séchant à côté de moi. Les dortoirs étaient remplis de courageux camionneurs, les caravaniers d’aujourd’hui, qui à l’aide de leur infatigables machines, alimentaient le Pamir. Toute ma chambrée dormaient profondément et à croire leur ronronnement, la journée avait été longue pour tout le monde…

Étendu sur la terrasse du Pamir Lodge, Khorog

2009_06_11 KhorogBota-07 L’endroit avait tout pour plaire. Construit dans une petite propriété dans les hauteurs de Khorog, autour d’un charmant jardin, Pamir Lodge était un endroit paisible, simple et accueillant qui vous fait croire que pourriez passer une éternité à y séjourner. Cette guesthouse étaient tenue par une communauté ismaélite vivant de leur culture et des quelques sums volontiers versés par les quelques voyageurs qui avaient la chance d’y poser leur valise. A mon arrivé, quatre des cinq chambres étaient occupées : la première par Nathalie et Michel, un couple français reliant Bichkek à Katmandou en vélo couché; la seconde par un jeune américain d’Hawaï traversant l’Asie Centrale, la troisième par Fred, un normand d’origine ayant monté une affaire hôtelière au brésil, qui était accompagné de sa femme brésilienne. La pauvre ne comprenait pas encore pourquoi son mari lui avait faire tout ce voyage pour arriver jusque là et ce dernier avait une façon assez prosaïque de présenter les choses. Une de ses expressions me marqua par son authenticité : « Si tu fais tout ce qu’il y a dans le Lonely, tu n’as même plus le temps de pisser ». Comment le dire mieux ? Enfin, la dernière était devenue la demeure d’un jeune canadien, Lincoln, venu étudier le sors des abeilles des Tadjikistan pour une fondation américaine.

2009_06_11 KhorogBota-02

Pour le touriste, Khorog, petite bourgade nichée dans un défilé montagneux, n’offre pas d’intérêt particulier autre qu’être la capitale de la région où l’on trouve le dernier relais d’essence et de ravitaillement avant la traversée de la Pamir Highway. Alors pour ma seule journée sur place, je décidai d’accompagner Lincoln sur son lieu de travail, le jardin botanique de Khorog. Il y réalisait des prélèvements de spécimens d’abeilles et autre insectes avec l’espoir que l’un d’entre eux détiennent la solution curative contre l’épidémie qui décime actuellement les abeilles du monde entier sans que nous puissions en comprendre la cause. Nouvelle étape dans l’histoire de l’évolution ou nouveau dérèglement causé par la main de l’Homme ? Peut être que l’avenir nous le dira…

Le lendemain, j’allais enfin découvrir la fameuse Pamir Highway.

A suivre…


Dushanbe chez les Olsons

Posted: July 21st, 2009 | Author: Alex | Filed under: 06 - Tadjikistan | | Comments Off

Posé en terrasse sur la Rudaki avenue, Dushanbe

2009_06_08 RoadtoDushanbe-05 J’en avais presque oublié l’odeur. Pourtant, ces 4 dernières années, chaque jour, il avait été là, m’insufflant gorgé par gorgé sa petite dose d’énergie. Mais depuis Istanbul, plus un signe, ni même l’évocation de son nom. A la place, j’avais été abreuvé de thé, saturé de sucre, servi dans des petits verres décorés aux formes sensuelles. Il faut dire que cette boisson se marie bien mieux au rythme avec lequel la vie se distille dans les pays que je traversai. Elle prend le temps de doucement diffuser ses essences excitantes, donnant au corps juste l’énergie suffisante pour éveiller les sens et éclairer l’esprit. Mais ici à Dushanbe, pour la première fois depuis que j’avais quitté l’Europe, j’avais pu retrouver la robuste et excitante saveur d’un véritable café. Le Segafredo Café venait d’ouvrir il y a à peine 3 mois et était rapidement devenu incontournable pour tous les touristes et expatriés de la ville. J’y passai chaque jour quelques heures, dégustant son excitant breuvage tout en profitant de son réseau internet sans fil…

 

2009_06_08 RoadtoDushanbe-01 Dans la capital, j’étais hébergé par Trevor et Lilly, un couple d’américains rencontrés sur internet et travaillant pour l’ambassade des Etats-Unis dans ce petit narcoétat qu’est le Tadjikistan. Dushanbe, sa capitale, offre de belles avenues boisées parcourues par un nombre étrangement intrigant de belles berlines et autres 4×4 allemands. Au vue de l’état de la route pour y parvenir, je fus agréablement surpris de trouver une ville aussi moderne et agréable. Après avoir quitté Artush, la route commence par longer la rivière Zeravchan à travers de larges et vertes plaines. Mais rapidement, elle s’élève et pénètre la splendide chaine de montagnes du Zarafchan. Ici, la terre encore bien vivante n’entend pas se laisser ainsi revêtir de ce triste ruban d’asphalte. Alors au début, elle le perce de nids de poule profonds comme le bras. Puis, au fur et à mesure qu’elle s’élève vers le ciel, elle le tord, le déchire et l’arrache. Mon allure s’en ressenti et j’atteins ainsi prudemment le tunnel construit par l’Iran perçant la montagne qui vous épargne l’ascension vers le col d’Anzob, 600 mètres plus haut. Même s’il est déjà ouvert au trafic, le tunnel est bien loin d’être fini. Du fait de l’eau qui ruisselle à l’intérieur de la montagne, il est totalement inondé avec par endroit plus de 50 cm d’eau. Le passage des pots d’échappement brulant sur cette eau boueuse enfume tout l’espace d’un épais brouillard seulement percé par les phares des camions et jeeps assez solides ou assez fous pour tenter la traversée. Le manteau boueux cache les irrégularités du sol et je me fais plus d’une fois surprendre à plonger de plusieurs dizaines de centimètres avant de remonter brutalement. Au fond de cette mine dans laquelle j’étais rentré de façon bien innocente, je cherchais un endroit où m’arrêter pour prendre une photo. Mais je ne trouvai le répit qu’à la sortie du tunnel. Je n’avais jamais vu çà. Un tel ouvrage serait impensable dans nos riches pays mais ici, on se préoccupe bien moins de ce genre de confort qu’est la sécurité… 

Stitched Panorama Sur l’autre versant de la montagne, à l’autre bout du tunnel, la route vers Dushanbe est construite par des hordes de chinois. Mais encore une fois, la tâche est loin d’être terminée, et des sections de route totalement désastreuses alternent avec de reposantes portions fraichement construites. Avec patience et prudence, j’atteins ainsi la capitale. J’y passai 5 jours, à attendre un nouveau train de pneus, à tenter vainement de procéder à un hypothétique enregistrement de ma moto – malgré l’aide de l’ambassade de France à ce sujet, toutes mes tentatives auprès de différentes administrations se conclurent par de cuisant échecs… -, à déambuler dans la ville en compagnie d’un jeune iranien prénommé Nima rencontré sur la route, à m’offrir quelques matchs de soccer avec les marines de l’ambassade des USA, et à déguster de délicieux caffe latte, tout en profitant du confort de la maison de Trevor.

Quand les pneus arrivèrent enfin, il me fallait les faire monter. Trevor s’était renseigné pour moi et m’avait indiqué un endroit bien réputé pour faire l’opération. Dans une sorte de parking, je trouvai un matin un petit local tout crasseux dont la porte ne dépassait pas 1 mètre de hauteur – peut être une mesure de sécurité contre le vol des machines logées à l’intérieur…. Alors chacun avait sa méthode pour y rentrer, certains allait même jusqu’à se mettre à quatre pattes. J’avais du mal à croire qu’avec toutes ces luxueuses voitures dans les rues, il n’y avait pas un endroit moins atypique pour faire changer des pneus. Avec l’aide de deux mécanos, on changea le pneu arrière. L’extrémité du tuyau du compresseur, qu’il faut connecter à la valve du pneu, n’avait pas de système de blocage autre que la force du poignet. En réalité, il s’agissait d’un simple tuyau d’arrosage reconverti. Malheureusement, c’est insuffisant pour mon pneu qui en raison de sa structure sans chambre à air nécessite un bon coup de pression pour se caler sur la jante. On essaya à 4 mains, puis même à 6, sans succès. C’était assez frustrant et inquiétant à la fois. Si nous n’arrivions pas à mettre ce pneu en place, je ne pouvais plus repartir… Finalement, avec l’aide d’une sorte d’écrou enfilé autour du tube, nous avons pu enfin terminer l’opération. Pour le pneu avant, le garage n’avait pas la pièce nécessaire pour dévisser la roue. Ce dernier était bien moins usé alors je me fis à l’idée de repartir sans le changer. Mais l’après-midi même, alors que j’accompagnai Trevor à la réunion du Hash Club de Dushanbe, sorte d’institution internationale associant course à pied et beuverie, inventée par des colons britanniques – qui d’autres auraient pu avoir une telle idée ? – l’un des participants auquel je faisais part de mon expérience du matin m’annonça qu’il avait la fameuse pièce. Alors, le lendemain matin, je pris le parti de changer, seul, sans machine, la roue avant. L’opération demanda une bonne heure et demi, deux ou trois petite phases de doute, quelques litres de sueurs, une ou deux petites rayures sur la jante et un très coopératif chauffeur de taxi qui un dimanche réussi à trouver un garage ouvert, bien mieux organisé que le précédent – mais quel était l’énergumène qui avait osé le recommander à Trevor… – pour gonfler la roue fraichement montée de son nouveau pneu. N’ayant jamais monté un pneu de ma vie, que ce soit de moto, voiture ou ni même vélo, je dois concéder avoir eu petit sentiment de fierté en serrant la dernière vis, mais je vous rassure, pas suffisant pour vouloir le refaire…

Après une dernière soirée en famille, j’allais reprendre la route en direction de la fameuse Pamir Highway.

A suivre…